Dans une steppe de Mongolie

Le lendemain, nouveau Naadam, mais cette fois-ci « à la campagne », on s’y rend à cheval. Delphine a réussi au terme d’une âpre négociation à ne pas être tenue et le temps est de la partie cette fois. De plus, Putché a deux chevaux qui courent aujourd’hui, montés par son neveu pas bien vieux… La journée risque donc d’être plus animée, ce qui n’est pas pour nous déplaire. On traverse de grandes étendues, changeons de vallées, on se demande où ça peut bien être puisqu’aucun village ou attroupement de yourtes n’est visible.

Et lorsqu’on demande à quelle heure commence la course, la réponse donnée est 10h… alors qu’il est déjà 11h30. Bref, pas stressés les mongols! En arrivant, c’est la surprise, on est au milieu de rien, c’est à se demander comment tout le monde s’est donné rendez-vous!

Même au milieu de rien, il y a un parking

Même programme qu’hier, mais aujourd’hui, on aura le droit de suivre la course en 4×4, c’est pas si mal d’avoir une équipe TV sous le coude!

C’est l’occasion de voir depuis la voiture comment est lancée la course: les chevaux vont tous ensemble dans une direction approximative, poussés par une voiture de police, puis font demi-tour de façon totalement anarchique lors d’un mystérieux signal, et c’est parti, dans le désordre le plus total. C’est à ce moment-là également qu’ont lieu pas mal de chutes, mais les enfants, malgré les plaies sur leurs visages restent impassibles quelque soit leur âge, c’est assez incroyable. C’est la même chose pour les adultes, même s’ils gagnent, ils conservent un visage fermé, comme Putché et son neveu, repartant pourtant avec une médaille pour leur 5ème place. Tout un rituel s’organise à la remise des prix autour des vainqueurs: on chante leurs noms, puis un bol d’airag passe de main en main entre l’entraineur, le cavalier, le reste étant finalement versé sur la tête et la croupe du cheval dans un genre de bénédiction. On assiste également à quelques disputes, carrément avec la police! Les mongols semblent être un peu belliqueux…

Mais de notre coté, on est plus détendus

Les jours suivants, nous partons pour un « trek » à cheval, accompagné d’un ami de Putché qui s’occupe du cheval de bât. Quelle logistique est déployée juste pour nous: 4 chevaux et 3 cavaliers en plus, rien que ça!

La fine équipe

Ce que nous voyons nous enchante, des vallées fleuries superbes, entourées de collines boisées, parsemées de falaises de granite.

La télé partie, nos hôtes se sont largement détendus, les sourires n’ont cessé d’envahir leurs visages (moins celui de Séb après quelques kilomètres de trot sur son poney), comme quoi la caméra, ça les crispait un peu.

Le spot de camping

Ça a été l’occasion d’une soirée très animée en jeu divers, on a même mis les mongols à la grimpe.

Le « secret spot » de bibi, secret parce que personne ne pourra le trouver!

Mais on a également pu confirmer que ceux-ci n’aiment pas marcher, même pour 20 mètres, ils prennent leur cheval! D’ailleurs, grosse surprise lorsque Putché après avoir réussi à gravir un pan de falaise redescend et prend son cheval pour refaire le même chemin, on n’aurait jamais pensé que ça passait à cheval. Peur de rien ces mongols, on vous dit! On est en tout cas nourris comme des rois même en itinérant, cuisine au feu de bois et thé à volonté, quel plaisir que de vivre ainsi au grand air…

Après une nuit bien frisquette sous la tente (on ne va pas se plaindre, notre hôte dormait à la belle), nous passerons le lendemain par un point de vue magnifique sur les alentours, tout en prenant bien soin de tourner religieusement 3 fois autour des övo (tas de pierres parsemé d’écharpes colorées sacrées) situés stratégiquement aux points les plus hauts.

Pendant ce temps, on prend des photos

Putché ayant finalement conclu que Delphine était capable de tenir sur son cheval mi-sauvage, on aura le droit à de belles et longues galopades toute la journée, conclue par une mini-course dans la steppe en fin de journée, histoire de confirmer que leurs chevaux ont beau avoir la taille poney, quand on lâche la bride, ils ne font pas semblant d’avancer!

Le petit garçon de Putché, avec ces longs cheveux nattés (ici on ne les coupe qu’à 3 ans pour la première fois), accueille avec une grande joie le retour de son père, ainsi que le notre, ne nous lâchant plus de la soirée au volant de sa voiture à roulettes infernale… Jusqu’au départ de son père sur sa moto chinoise, qui sera le seul moment où on le verra pleurer, dans un magnifique caprice qui fait bien rire la famille, Putché finissant par l’emmener avec lui pour une ballade dans la steppe.

Un petit enfant tout propre

On quitte notre famille nomade à regret, ravis de l’accueil qu’on y a reçu. Le retour à UB sera heureusement plus confortable, on profitera d’une voiture 4*4 venue déposer des touristes pour rentrer, l’occasion de s’arrêter sur le chemin à Erdene Zuu, le plus grand temple de Mongolie.

Notre chauffeur et Tsélé profiteront eux d’un autre arrêt pour faire le plein d’airag, nous déclinerons gentiment pour notre part leur proposition d’en ramener avec nous…

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Naadam party

Lever matinal aujourd’hui, Tsélé, notre « assistante voyage junior » venant nous chercher à la guesthouse pour se rendre à Tsetserleg dans l’Arkhanghai, première étape de notre périple mongol. On se rend en taxi à la gare de bus de l’ouest, sorte de terrain à mi-chemin entre le parking et le terrain vague où l’on prend un minibus. Première info: le trajet va indéniablement se retrouver dans le top 3 des trajets les plus inconfortables de tout notre voyage, on est presque au niveau du minibus indonésien! En gros, on met (entasse) 20 personnes dans un minibus prévu pour 11, dont la suspension a rendu l’âme depuis longtemps, sur une route tellement bien goudronnée qu’on passera notre temps sur le bas côté à éviter les nids de poules (ou plutôt cratères) et autres dos d’ânes, quand ce n’est pas carrément pour slalomer sur une piste en parallèle (car en meilleur état que la route). On rajoute à tout ça un chauffeur qui devait avoir un rendez vous important vu sa vitesse disproportionnée par rapport à l’état de la route et peut-être même sous l’emprise de quelques produits vu les coups de volants. Dans tous les cas, il ne semblait pas avoir conscience qu’il avait des passagers. Quelle différence avec un minibus indonésien ou bolivien me direz vous? Ce trajet-là a duré 7h… C’est (un peu) long. Au moins, le paysage est splendide, bien qu’assez monotone en fin de compte.
C’est bien content d’arriver que l’on descend à Tsetserleg, sur le même genre de parking où nous attend notre hôte et notre chauffeur dans un 4×4 russe qui semble avoir vécu de nombreux hivers. Mais la bête, à défaut d’être confortable (là on se demande carrément s’il y a eu un jour des suspensions) passe partout, ce qui est fort appréciable vu le nombre de kilomètres que l’on fait à traverser d’immenses steppes, forêts et nombreux gués.

La ville que l’on quitte est elle-même une succession de palissades et de bâtiments loin d’être intéressants du point de vue architectural, mais le cadre est grandiose : au pied de montagnes granitiques d’un côté et de plateaux plats immenses entourés de collines de l’autre.

Notre point de chute est tout aussi grandiose, chez une famille de nomades avec deux yourtes au milieu d’une énorme steppe herbeuse totalement plate, parsemée de troupeaux, sur fond de colline arborées, il y a pire comme cadre! Nos hôtes sont particulièrement hospitaliers, on ne manquera pas de quoi se sustenter pendant tout notre séjour, c’est le moins qu’on puisse dire. On met à profit cette fin de journée pour nous reposer du trajet hautement inconfortable. Le soir, « l’équipe TV », Robert et son fils Sacha, accompagnée de Bilga leur traductrice et de leur chauffeur nous rejoignent. Au programme de ces cinq jours : une journée de « nomadisme » que l’on passe dans le quotidien la famille, deux jours de Naadam, la fête nationale (constituée surtout de joutes sportives locales) et deux jours de randonnée à cheval.

Ici quand tu n’as pas de cheval, tu en attrapes un au lasso

Les nomades, dont Putché est le chef de famille, ont une vie assez surprenante, bien différente de notre quotidien occidental. Vivant de l’élevage, ils possèdent un important troupeau (300 têtes au total) de chevaux, yaks, chèvres et moutons en liberté dans la steppe. Ils ne font que parfois rentrer les petits (yacks, agneaux et chevreaux) dans des enclos à la nuit tombée à cause des loups qui rodent dans le coin. Le tout bien sûr à dos de cheval. Disposant de beaucoup de lait, essentiellement de yak, ils le transforment en beaucoup de produits : yaourt (type faisselle un peu aigre), fromage (mais pas affiné comme on pourrait l’espérer), beurre, crème. Mais plus surprenant, ils en font de l’alcool : de l’airag, LA boisson du Naadam, , composé de lait de jument fermenté, c’est très spécial, on aime ou on aime pas. Personnellement, ça nous rappelle la chicha équatorienne… La grand mère est également en charge de la distillation du yaourt (improbable!) pour en faire un alcool artisanal bien titré, transparent, bu chaud ou tiède, qu’elle nous offre avec de grands sourires.

Distillation à l’oeuvre

C’est beaucoup moins typé, mais ce qui est finalement surprenant c’est de boire un alcool d’origine animale, en y réfléchissant, on n’en connait aucun autre (et on s’est bien creusé les méninges!). Les femmes passent principalement leur journée à cuisiner, s’occuper des petits (surtout le rôle de la grand-mère) qui tentent de multiples expériences dans leur environnement et traire les différentes productrices du troupeau. Les hommes mènent quant à eux un rythme différent, chevauchant dans la steppe pour ramener les troupeaux entre 2 siestes et diverses autres occupations…

Putché et un autre cowboy en rose ramènent les troupeaux

Le premier jour, on fait entre deux distillations une petite ballade à cheval pour les besoins du film, assez frustrante (surtout pour Delphine), puisqu’on nous tient nos chevaux en longe! Putché a très peur qu’on ne puisse pas les contrôler, puisque qu’ils sont semi sauvages et « dressés » (c’est un grand mot) pour la course du Naadam. Mais la TV a du bon puisqu’on peut profiter du 4×4 et de son toit pour prendre quelques images des alentours de la sortie.

Le reste du temps, on s’amuse avec les enfants, la yourte de nos hôtes hébergeant tous les neveux de la famille en vacances en ce moment! La vie de nomade semble plutôt leur réussir, tous crasseux mais le sourire aux lèvres en permanence. Petite anecdote sur le bain des enfants d’ailleurs, la technique est spéciale ici: la grand mère leur crache de l’eau dessus pour les nettoyer, un autre concept de l’eau courante…

Le lendemain, on se rend à Tsetserleg pour assister au Naadam local. C’est la fête la plus importante de l’année, et il y en a partout, tout le mois de juillet

Au programme, courses de chevaux effrénées, lutte traditionnelle et tir à l’arc. Les courses tout d’abord, réparties par distance et selon l’âge décroissant des chevaux (une vingtaine de kilomètres pour les 6 ans jusqu’à 8 kilomètres pour les 2 ans), montés par des enfants de 7 (officiellement, mais plutôt 5) à 12 ans (souvent plus proche des 5 que de la dizaine).

Le parking

ça permet également de vendre quelques moutons

Extrêmement impressionnant puisque une bonne partie d’entre eux monte à cru (sans selle), parfois avec juste un simple tapis, le plus souvent avec rien, pour économiser du poids sur des chevaux lancés plein galop, à peine contrôlés. Ils vont jusqu’à monter pieds nus (la botte pèse lourd, c’est connu)!

Le gagnant de la première course

Le contraste est saisissant avec nos enfants occidentaux chouchoutés, dont certains parents complètement psychotés vont jusqu’à les équiper de puce GPS par peur. Ici, la peur, on connait pas! Quelques jeunes cavaliers partent avec un casque de chantier, de vélo…sur la tête, mais tous ou presque en sont débarrassés à l’arrivée!

Il semble que la course la plus populaire soit celle des 2 ans, au vu du monde et l’ambiance survoltée de l’arrivée. Des bébés chevaux montés par des « bébés » humains, on vous laisse imaginer le niveau d’organisation de la course… Petit rituel d’arrivée: l’entraineur racle la sueur des chevaux victorieux, censée porter bonheur dans le futur…

Raclage avec Tsetserleg en toile de fond

Quant à la lutte, plus folkorique tu meurs. Une petite vidéo viendra illustrer nos propos dès qu’on arrivera à la monter sur la tablette, d’ailleurs si quelqu’un connait une bonne application, on est preneurs.

Les arbitres

Et les lutteurs

Visiblement moins intéressant pour les Mongols, en tout cas moins populaire, le tir à l’arc. Pourtant, pour nous, c’est très impressionnant, puisque les hommes tirent avec de grands arcs traditionnels à 75 mètres, les femmes à 65, sur des cibles ridiculement petites à raz du sol.

De plus, ils ont de loin les plus belles tenues, on dirait que le Naadam est également un concours de mode, ce qui détonne vraiment dans la grisaille du jour (qui a failli tourner à l’orage!). C’est le grand choc des cultures une fois de plus: le jury se positionne à environ 50 cm de la cible pour vérifier la précision du tir, mais cela ne semble choquer que nous. Les enfants se baladent sur le terrain entre les lignes de tirs et les cibles, on est nous mêmes assis à un mètre du lieu… On peut dire qu’ils ont confiance dans les archers, mais cela occasionnera quelques pirouettes de dernière minute amusantes tout de même! Sur une initiative de Tsélé, Putché et Séb auront même l’occasion de tester par eux même la difficulté de cet art: ne serait ce que réussir à lancer la flèche est déjà complexe tellement l’arc est difficile à tendre…

Le cheval gagnant

Au pays de Gengis Khan

Il est temps de quitter la Chine, direction la Mongolie. On se dirige vers la gare centrale de Pékin, immense, surtout son parvis, pour embarquer dans un des trains les plus connus de la planète : le transmongolien, numéro K23, dont le départ est à 11h22, la ponctualité chez les chinois, c’est sacré, on ne peut pas leur retirer ça. Contrairement au K3 qui va jusqu’à Moscou, celui-là s’arrête à Oulan Bator.

On postera un article dédié aux détails pratiques pour les « aventuriers » qui veulent le faire dans le sens Pékin – Oulan Bator, car toutes les infos que l’on a trouvé sur Internet se sont révélées au mieux approximatives ou absentes, voire fausses. Les agences de voyages entretiennent une véritable psychose pour qu’on passe par elles, alors que c’est très facile de tout organiser par soi-même pour le tiers de la somme (voir beaucoup moins dans certains cas).

Arrivés à la « porte d’embarquement », oui, en Chine le train, c’est comme l’avion avec scan des bagages et fouilles corporelles, on s’aperçoit qu’on n’est pas bien nombreux, même si c’est la plus grande concentration de touristes occidentaux qu’on ait vu depuis l’entrée dans le pays (et ce n’est pas folichon!). Une fois dans notre compartiment, c’est encore mieux, on se rend vite compte que l’on n’est que trois dans tout le wagon, nous deux et un sympathique chilien! Il faut savoir que le wagon compte une bonne dizaine de compartiments avec 4 lits chacun… Alors le coup de « il faut réserver ses billets des mois à l’avance » qu’on a pu lire partout sur le web nous a bien fait rire, d’autant plus qu’on est le 29 juin, c’est à dire en pleine saison. On est également agréablement surpris par le confort du train: de l’espace, des banquettes moelleuses, une douche, des sanitaires plus que propres (ça nous changera des trains chinois), un vrai wagon restaurant et même des écrans TV individuels (que l’on n’utilisera pas). Tout pour passer un bon voyage.

Mais le meilleur, ce sont les paysages traversés qui sont grandioses. En sortant de Pékin, on peut voir, entre les tunnels, de multiples gorges, falaises, montagnes, vallées, qui ont toutes l’air inaccessibles, malheureusement toujours sous la fameuse brume d’été…

Ensuite, c’est une petite déception : le train devait (selon le guide) aller jusqu’à Datong et suivre un bout de la grande muraille de Chine. Finalement, nous avons pris un autre chemin (vérifié sur le GPS), mais on s’est consolés avec le beau paysage campagnard et désert. Il y a donc bien en Chine des endroits « vides »! En s’approchant de la frontière, la vue se mue en collines vertes totalement désertes, assez proches de ce qu’on imagine des steppes. Normal me direz-vous puisqu’il s’agit de la Mongolie intérieure…
Le passage de frontière à Erlian quant à lui sera moins sympathique, puisqu’il a pris près de 5h, en étant bloqués dans la gare. C’est ici que s’effectue le fameux changement de boogies, les chinois et les mongols n’utilisant pas le même standard pour l’écartement des rails, ces boggies (essieux pour les profanes comme nous) sont donc tous changés à la frontière. Système d’une modernité à toute épreuve, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?  N’étant pas rentrés dans le wagon à temps (enfin sans avoir eu l’information non plus…), nous avons été « invités » (c’est à dire fermement poussés en mode bétail à grand renfort de cris en chinois incompréhensibles à nos oreilles profanes) à nous rendre dans la gare tandis que les portes donnant accès au quai étaient fermées à clés. Nous qui pensions pouvoir voir cette prouesse mécanique une fois descendus, c’est raté! Non découragés, nous décidons de faire le tour par une rue de la ville et nous retrouvons dans un quartier non éclairé où des allées étroites entre des bâtiments peu entretenus semblent se diriger vers la foie ferrée. Mais l’ambiance sombre et « coupe-gorge » associée à l’aboiement de tous les chiens du quartier à notre passage nous forcent à faire demi tour bien magré nous. Nous n’avons plus qu’à attendre dans la gare d’Erlian, ville frontière entre la Chine et la Mongolie, jusqu’à 2h du matin…

La belle gare qu’on a pu admirer pendant un bon moment

Le reste du voyage sera splendide. Au réveil, on peut voir les étendues plates et désertiques de l’est du désert de Gobi caillouteux, qui se transforment peu à peu en steppes collineuses où l’on peut apercevoir yourtes et troupeaux à mesure que l’on se rapproche de la capitale Oulan-Bator.

Bref, le transmonglien, on recommande!

Un arrêt du train en Mongolie, comme on peut le voir, le ciel a changé de couleur!

Arrivés à Oulan-Bator, changement d’ambiance, une petite assistante de l’agence « Wind of Mongolia » (tenue par Joël, vieille connaissance du précédent passage de Delphine dans ce pays) nous attend sur le quai devant la porte avec notre nom dessus, accueil en français s’il vous plait! Finie la débrouille, on se fait balader temporairement. On nous conduit à notre guesthouse, juste à coté de la place centrale où trône la statue de Gengis Khan.

Pour Delphine, la balade dans la ville se révèle une surprise après le premier passage il y a 8 ans de cela. Alors qu’on y trouvait une majorité de bâtiments assez bas de l’époque soviétique, ont poussé aujourd’hui une forêt de tours modernes en verre ou encore en construction.

Le développement est arrivé jusqu’ici et les grandes marques avec lui! Mais au moins, la météo nous convient bien mieux, bien plus respirable qu’à Pékin puisqu’il fait une vingtaine de degrés et un magnifique ciel bleu. Le lendemain, l’objectif principal est de déposer nos passeports à l’ambassade de Russie pour obtenir nos visas après deux échecs en Chine. C’est donc un peu stressés que l’on s’y rend en solo, sachant que les infos lues sur le web parlaient plutot systématiquement d’agences privées qui se chargent de réaliser les visas des particuliers étrangers moyennant une forte somme. Au final, après deux visites, le matin étant réservé aux citoyens mongols, on a une réponse positive, nos visas seront disponibles le 15 pour un prix largement inférieur à ce à quoi on s’attendait, le voyage peut donc continuer! On aura juste un petit détail à régler pour le retrait des passeports, puisqu’il va falloir revenir un jour ouvrable, ce qui n’est actuellement pas le cas dans notre programme, un peu de logistique en vue!

Entre deux visites à l’amabassade, on a pu visiter le grand temple bouddhiste d’Ulaanbaatar, qui domine légèrement la ville.

Pour une fois une que l’on peut prendre un bouddha en photo!

On profite de la soirée pour voir Joël qui nous a organisé le séjour, ainsi que Robert et Sacha qui seront de la partie pour réaliser un reportage TV durant quelques jours communs. N’allez pas trop vite en besogne en croyant que nous allons devenir des stars, les sujets du film sont nos guides « multi-activités », non pas nos humbles personnes…

Pékin sous un autre jour

Après la tentative ratée de la veille, nous nous levons en espérant de meilleures conditions pour la découverte de la grande muraille aujourd’hui. Notre choix se porte sur la portion de Jinshanling, dans une tentative (désespérée) d’éviter la foule des touristes chinois que nous pensons immanquable en ce jour de week-end. On est préparés psychologiquement aux galères inévitables que va engendrer ce choix, cette portion n’étant pas décrite (et de loin) comme la plus accessible. Nous sommes donc bien surpris que toutes les informations récoltées sur internet se révèlent correctes et que tout se déroule parfaitement! Métro, bus direct pour l’aire de repos de Jinshanling puis navette gratuite pour l’entrée Est de la grande muraille, impeccable.

On part donc à l’assaut des marches qui nous mènent à la construction proprement dite, édifiée pour résister au terrible envahisseur mongol, en la personne du terrifiant Gengis Khan. Une portion de plusieurs kilomètres a été rénové ici, de façon plus ou moins poussée. Plus on avancera vers l’entrée principale du site, plus le tout prendra de faux airs de Disneyland, avec ces tours de guet où pas une pierre ne dépasse et son mur impeccablement reconstruit. Ici, la voie de cheminement a été refaite de façon à être praticable, mais reste assez fidèle au style d’origine, se dégradant de plus en plus jusqu’à reprendre un véritable aspect de ruine en se dirigeant vers Simataï, portion actuellement en cours de restauration.

Quelle vue de là-haut! Quel projet de folie et de mégalomanie (une fois de plus) fut conduit ici! La muraille suit une ligne de crête qui semble avoir été choisie aléatoirement parmi les dizaines qui se découpent à l’horizon, et n’en décolle pas. La météo étant plutôt clémente, la visibilité n’est pas mauvaise sur les kilomètres de mur qui se déploient sous une légère brume où l’air reste tout de même cent fois plus respirable qu’à Pékin. Et quelle surprise, franchement agréable, de s’apercevoir que si nous sommes en tout et pour tout une dizaine au départ de notre ballade, c’est déjà un grand mot! Il faut croire que les touristes chinois ont effectivement choisi la solution de la facilité en allant envahir des portions de muraille plus accessibles comme Badaling ou Mutyaniu.

On commence par se balader du coté non restauré vers Simataï (l’idée de randonnée initiale joignant les deux sites ayant été abandonnée faute de portions de muraille fermées et gardées par les militaires…). Ce côté peut être franchement détérioré et il faut faire attention où l’on met les pieds! Les tours de guet ne sont accessibles qu’en grimpouillant, mais quel panorama s’offre à nous… Et en y regardant de plus près, on se rend compte d’une particularité de cette zone du mur: les pierres sont quasiment toutes gravées d’inscriptions anciennes plus ou moins lisibles.

Et la construction elle-même de la muraille est originale, les pierres ne suivant pas le schéma « classique » d’empilement sur un sol nivelé, mais au contraire suivant l’inclinaison naturelle des pentes du mur. Certaines portions de la muraille que nous parcourons sont extrêmement pentues, mieux vaut faire attention où l’on met les pieds!

Reprenant le chemin vers l’entrée principale du site, nous suivons ce grand dragon de pierre qui serpente sur la crête, régulièrement interrompu par les tours de guet où l’on cherche systématiquement à nous refourguer une bière fraiche… Il faut dire qu’il fait chaud et que le commerce a l’air de bien fonctionner!

Plus on s’approche de l’arrivée, plus la restauration prend un aspect « clinquant », oubliant de respecter cet étrange alignement des pierres avec le sol et reconstruisant un mur « classique », bien blanc et propret.

On reprendra le bus après une pause déjeuner pour le même parcours sens inverse, un peu plus chaotique car les horaires annoncées ne sont pas franchement respectées, mais nous arriverons sans encombre à bon port. Les pluies torrentielles qui accompagnent l’orage se déclarant le soir nous confinent dans l’hôtel, mais on est de toute façon bien rincés et pas contre un peu de repos!

Envie de découvrir une autre facette de Pékin le lendemain, car saturés de « vieilles pierres »… On se dirige donc vers le village des jeux olympique de 2008 (déjà…) afin de voir de l’architecture plus contemporaine. Le choc en sortant du métro: la visibilité est déplorable, une brume épaisse entoure les bâtiments dans une chaleur étouffante, on distingue à peine l’énorme colonne soutenant les anneaux olympiques.

On arrive tout de même à discerner les deux monuments emblématiques de ces jeux chinois: le stade ou « nid d’hirondelle », d’une conception assez remarquable et le bâtiment des piscines ou « aquacube » qui se révèle assez décevant dans la brume par rapport aux photos qu’on en avait vu lorsqu’il est éclairé de nuit…

En parcourant l’allée monumentale de plus d’un kilomètre le long de laquelle sont répartis les édifices, on ne peut qu’être épatés par l’aspect gigantesque de tout le complexe.

Dans le passé comme dans le présent, le chinois a la folie des grandeurs… Mais à quel prix, on imagine bien qu’en pleine ville,  cet espace n’était pas vide avant que toutes ces constructions y poussent, que sont devenus les habitants?

Les nouveaux habitants

On quitte ce lieu pour retrouver un quartier plus ancien, non loin de la place Tian’anmen, en vue de peut-être quelques achats de souvenirs. Parsemée d’échoppes de calligraphie, d’estampes, de thé, on s’attendait à être pris dans la foule, mais le lieu semble en fait déserté le dimanche, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

On flâne donc au milieu des pinceaux, des calligraphies curieusement (pour nous) érigées au rang d’art dans ce pays et se vendant de petites fortunes, des boites de thé oolong aux tarifs totalement prohibitifs pour certains et on rentrera donc les mains vides, mais après une agréable promenade. Et pour fêter notre dernier jour en Chine, on s’offre même le luxe d’un canard laqué à la mode pékinoise (entier, oui, oui) le soir même.

Il n’y a pas à dire, le canard, c’est gras, surtout quand le mode de découpe privilégie la peau et la graisse à la viande au service… On comprend mieux l’embonpoint bien plus visible dans la capitale qu’en province, au vu de la nourriture régionale très roborative.

La capitale (rouge) des vieilles pierres

Et voilà, nous y sommes, notre étape finale de la Chine… Après un train de nuit relativement « civilisé » (pas de musique à fond, pas de crachats, youhou), on galère un peu pour rejoindre notre hostel (comme d’hab’), mais on finit par le trouver, planqué au fond d’un hutong, ruelle traditionnelle de la capitale. Pékin, il fait chaud, il fait lourd , ça empeste la pollution, et surtout, il fait brumeux: visibilité proche du néant… Pas très engageant! C’est la première fois qu’on ressent a ce point la pollution dans une ville; on aura tous les deux beaucoup de mal a respirer, la sensation d’avoir une pierre sur la poitrine pendant quelques jours (et pourtant, on pensait être entraînés après les années parisiennes!). On commence par s’occuper des essentiels: visa russe (échec, encore 15 jours d’attente), billets transmongolien pour Ulaan-Baatar (réussite, contact en anglais , et moins cher que prévu, nickel!). Une fois ces tâches acquittés, nous partons découvrir le temple du ciel, plus un immense parc (plus de 200 hectares tout de même!) qu’un centre religieux pur et dur. La zone arborée est agréable, parsemée de grandes allées tranquilles qui changent après la frénésie de la ville environnante. Nombre de personnes âgées y jouent aux cartes, au Mah-jong ou simplement discutent sous la grande galerie qui mène au temple principal.

Une constante chinoise, le jeu et la danse, incontournable! On monte au temple principal, l’autel du ciel, en forme de rotonde perchée en haut de son escalier de marbre.

Coloré, harmonieux, il serait parfait si 300000 chinois (à +/- 1% d’erreur dans le décompte) ne se grimpaient pas dessus pour tenter d’observer l’intérieur et les rangées de colonnes en bois rouge qui en jettent. Il en sera ainsi pour quasiment toutes les entrées des petits temples annexes également… Peut être veulent ils tous vérifier que l’obsession de l’utilisation du chiffre 9 (sacré en Chine) a bien été respectée dans les plans de construction?

De cette rotonde, une immense allée surélevée par rapport au parc mène à un autre ensemble de temples. On y choisit son allée de passage parmi les 3 disponibles: celle centrale de l’empereur, ou les latérales des nobles ou des concubines. Il faisait en effet partie des tâches de l’empereur (sous la dynastie Ming) de réaliser une fois par an un parcours bien spécifique dans ces temples afin d’assurer à son peuple de bonnes moissons pour l’année à venir, tout un rituel.

L’autre temple, nommé « Voûte céleste impériale », est entouré d’un épais mur d’enceinte possédant des particularités acoustiques étonnantes: on pourrait y discuter avec un comparse diamétralement opposé juste en chuchotant, le son diffusant terriblement bien… Malheureusement, nous n’aurons pas l’occasion de vérifier (et oui, toujours les 300000 chinois et leur amour légendaire du silence). On regardera donc en silence le temple de la prière pour de bonnes moissons… Nous poursuivons notre promenade dans le parc, puis les jambes en compote, nous rentrons à l’hostel après avoir testé quelques spécialités pékinoises (ça tient au corps la nourriture ici, fini le riz, bonjour le blé) et traversé une bonne part de hutongs transformés en Disneyland le long d’un ensemble de lac…

Le lendemain, direction les incontournables: temples des lamas, cité interdite et place Tian’anmen. On a un peu peur de la foule… Dans le temple des lamas, ça va, cet ensemble bouddhiste étant assez grand pour disperser la foule.

Également très coloré, très riche dans ses éléments de construction et dans sa quantité de statues, c’est un des temples rescapé du communisme et de la révolution culturelle. Son passé est donc quelque peu sombre, sa survie laissant présager des liens compliqués entre les moines et le pouvoir au moment des destructions au Tibet.

On assistera d’ailleurs à une magnifique leçon de propagande dans un des temples transformé en musée dédié à l’histoire du complexe: le pouvoir a bien sûr toujours soutenu ce monument et sa religion, aucun mal n’a jamais été fait à qui que ce soit. C’est beau l’histoire…

Enfin, plus prosaïquement, les salles sont remplies de buddhas souriants, dont un immense debout, 18 mètres d’une seul tenant tout de même dans du bois de santal, il est même au guiness des records!

Cette lamasserie, aujourd’hui la plus grande en dehors du Tibet, semble encore bien active aujourd’hui, nombre de moines officiant au milieu des touristes en promenade.

On quitte le religieux pour rejoindre un « monstre » d’histoire, la place Tian’anmen. Et bien, déjà, ça ne ressemble pas franchement à une place cet endroit, enfin pas comme on peut l’imaginer, un grand espace vide encadré de bâtiments.

Une énorme avenue la traversant et les portes l’entourant ne contribuent pas à faire de ce lieu un espace clairement identifiable comme une place. Bon, et puis il y a cette atroce brume à couper au couteau… En tout cas, une chose est sûre, c’est sans doute la place la plus militarisée du monde. Impossible de ne pas croiser policier ou militaire toutes les deux minutes et c’est sans doute la seule place où l’on passe des portiques de sécurité avec scan des sacs. Le portrait de Mao trône à l’entrée de la porte de la paix céleste, qui mène à la cité interdite.

Son mausolée se trouve lui non loin de là. Que penser de ce lieu, de ce qu’il a symbolisé pour le communisme, de ce qu’il symbolise toujours aujourd’hui? Difficile d’imaginer les événements terribles qui ont eu lieu il n’y a pas si longtemps ici quand la place grouille aujourd’hui de touristes se faisant tirer le portrait sous celui du « grand timonier »… La cité interdite qui s’ouvre derrière cette porte fut ainsi nommée car le commun des mortels n’y avait pas accès.

Les Ming et les Qing qui y vivaient reclus n’étaient pas pour autant en manque d’espace, le lieu est…démesuré, mais vraiment, on n’a jamais vu quelque chose d’aussi grand. Tellement grand qu’il faut faire des photos panoramiques!

Des dragons dans les nuages, la plus grande dalle de la cité, plus de 16 mètres, qui a du être transportée sur la glace en hiver

À l’image de la folie des grandeurs de ces diverses dynasties, le lieu s’étale sur des kilomètres de palais principaux et secondaires, de résidences de l’empereur, des concubines (selon une hiérarchie très précise!), de pavillons entourés de cours arborées où les réceptions ou cérémonies officielles se tenaient.

Une allégorie du pouvoir qu’on retrouve partout : un lion avec sous sa patte un globe représentant le monde

La tortue dragon

Et même si on n’en voit pas le bout… C’est quand même blindé! Tout est tellement grand qu’on en attrape le tournis et un sacré mal aux pieds!!!

Heureusement à la fermeture, il n’y a plus personne…

Et oui, vraiment personne!

On est donc totalement HS après cette journée, pas le courage de parcourir la ville pour trouver où dîner. Fort heureusement, notre quartier de résidence très sympathique nous offre la possibilité de tester une nouvelle spécialité, hautement roborative et populaire au vu de la fréquentation du resto, une soupe de nouilles de blé sauce…cacahuète! Bon, on galère un peu sur le mode d’emploi de « comment-ça-se-mange » au début, mais en copiant nos voisins, on arrive à ne pas commettre trop d’impairs (genre verser la sauce pour la soupe qui arrive dans une théière et pas dans le vrai thé, la feinte!) Ayant grand besoin de prendre l’air le lendemain et de sortir de la pollution pékinoise, on décide de partir voir la grande muraille à Jinshanling. La pluie du soir aurait dû nous mettre la puce à l’oreille quant à la météo du lendemain: grise et pluvieuse, malgré les prévisions indiquant que cela devait s’arrêter pendant la nuit. Après quelques tergiversations, on finit par faire demi tour avant d’arriver au métro, se disant que c’est vraiment trop dommage d’y aller sous un temps pareil, même si on s’est levé à 6h… On modifie nos plans pour aller au palais d’été, le marathon de la vieille pierre continue! Excentré mais facilement accessible en métro, le domaine est encore une fois, je vous le donne en 1000, immense (comment ça, les chinois ont toujours eu un petit problème de mesure?!). La brume flottant sur son lac Kunming et ses collines lui donne un air…mystérieux, pour le moins.

Refuge des empereurs et de leur cour quand ils n’en pouvaient plus de la cité interdite, le lieu est entièrement artificiel: la plus haute colline a été construite avec les remblais extraits lors du creusement du lac.

Palais abritant aujourd’hui des musées,

une galerie de 700 mètres,

des temples,

tout y est dans un bel exemple d’extravagance. Une fausse « vraie rue », la rue Suzhou, a même été créée pour distraire l’empereur qui était assigné à résidence par sa tante la future impératrice Cixi, et remplie à l’époque de faux badauds et de faux commerçants…qui vendent aujourd’hui de tout à fait véritables souvenirs!

Bref, un monde à part, une belle et grande prison dorée pour la cour impériale.

Au centre de l’empire du milieu

Atterris à Xi’an, malgré un petit imbroglio de bus (classique), on finit par arriver à notre auberge, qui se révèle être une copie conforme de pub anglais… Et donc un repère d’australiens/américains et autres anglophones.
Xi’an est une ville pleine d’histoire, le début de la route de la soie historique, mais pourtant, au petit matin, la ville ne fait pas franchement envie, c’est la première fois que l’on est confrontés à la brume estivale chinoise, mélange de pollution et de brume de chaleur.

Xi'an

La « Drum tower », en plein coeur de la ville, dans une brume pas folichonne…

De plus la vieille ville n’est pas vraiment vieille, il y a les mêmes avenues et énormes bâtiments communistes que partout ailleurs, simplement une partie est entourée d’une enceinte de muraille très restaurée, tellement que ça n’a pas l’air vrai. De plus, la concentration humaine a sensiblement augmentée (oui, c’est possible, les ressources en chinois semblent inépuisables).

Xi'an

Vue sur la « vieille ville » depuis la petite pagode

La ville offre deux attractions aux touristes que nous sommes. La première, le quartier musulman, très populaire et extrêmement touristique, du même accabit que Lijiang ou Yangshuo… Mais ici, on se presse surtout pour manger! En effet, les rues (surtout deux touristiques) sont envahies de restaurants vendant leurs spécialités, majoritairement sous forme de snacks: des pains fourrés à la viandes (genre kebab), des brochettes de toutes sortes (aux œufs de caille!), des petites crêpes fourrées et frites, des pâtes de noix sucrées etc. Et ça donne bien envie.

Xi'an

Travail du sucre filé pour faire le nougat local 

Xi'an

Miam miam la brochette d’oeufs de caille!

Quand la nourriture chinoise se rapproche de la nourriture d’influence musulmane, ça donne des choses très très bonnes. On testera les biang-biang (le caractère chinois le plus compliqué à écrire, 27 segments!!!), des nouilles très larges déjà expérimentées à Guilin, mais assaisonnées complètement différemment ici, pourtant toujours aussi bon.

Xi'an

Le royaume du fruit sec

Les étals des petites rues où nous nous baladons sont très divers, mais une constante se retrouve: la chaine du froid n’est pas encore arrivée ici… Bonjour les foies et les tripes à l’air libre dans la rue et leur essaim d’insecte péniblement éloigné au ventilateur! Mais notre estomac tient toujours le coup, c’est bon signe!

Xi'an

La chaine du froid ultra respectée en Chine

Attention, la population musulmane de Xi’an est à ne pas confondre avec les musulmans Ouïgours du Xinjang, qui sont d’une ethnie complètement différente (beaucoup plus « chinoise »).
Au milieu de ces rues se trouve la grande mosquée, qui doit être l’édifice le plus étonnant que l’on ait eu à visiter jusqu’à présent, car elle ne ressemble pas du tout à une mosquée! On dirait plutôt un temple chinois, d’ailleurs l’entrée est très « libre », pas de problèmes pour les femmes, même pas besoin de voile pour se couvrir tête et épaules.

Xi'an

On tombe pendant une prière, les locaux sont donc en train de se rendre sous le grand hall et libèrent les allées arborées du parc où s’enchainent les différentes sections de ce qui compose la mosquée. Les calligraphies en écriture arabe ou chinoise gravées dans les pierres bordant les monuments sont magnifiques.

Xi'an

L’après-midi, nous allons faire un tour dans un parc aux arbres multi-centenaires (étiquetés rouge ou vert selon +/- de 100 ans!), contenant la petite pagode de l’oie sauvage, ainsi que le musée de Xi’an. De la pagode, la vue est… juste une ville chinoise, on ne voit même pas les remparts! Bref, aucun intérêt.

Xi'an

Le musée quant à lui est encore une fois ultra moderne et tout clinquant (à la chinoise) et se révèle assez intéressant. On y voit les différentes étapes de construction/destruction de la ville jusqu’à son aspect actuel, ainsi que de nombreuses pièces antiques trouvées lors de fouilles archéologiques dans la région, dont quelques belles trouvailles.

Xi'an

Xi'an

Le lendemain, direction la seconde attraction incontournable : l’armée enterrée de soldats de terre cuite, dits terracotta warriors. C’est encore au milieu de milliers de chinois que la visite se fait et sous des bâtiments colossaux qu’on ne peut qualifier de beaux, mais on doit avouer que c’est impressionnant… De par la qualité et la quantité des pièces retrouvées, même si on ne peut qu’être compatissant avec le peuple qui a du subir un empereur aussi mégalomane.

Xi'an

Détail d’un soldat catégorie « archer »

Xi'an

Détail d’un carosse de combat

Niveau qualité : les soldats retrouvés sont un assemblage de pièces et sont creux, sauf certaines parties comme les pieds! De plus, ils sont quasiment tous différents au niveau du visage, ça a du être un travail colossal. Selon le type d’armure, de coiffe ou encore d’épée portée, on reconnait le grade du militaire, du simple soldat au général. Moustaches, forme du visage, coiffure, forme des yeux, chacun semble avoir sa particularité, pas d’uniformisation. A noter tout de même un élément qui modifie totalement notre perception des poteries aujourd’hui: elles étaient à l’époque entièrement peintes… Il ne reste aujourd’hui que des résidus de peintures infimes sur les statues beiges, l’air et le temps ayant malheureusement fait leur travail de décomposition. Niveau quantité, voir cette armée dressée dans les fosses impressionne, il y aurait 3000 statues déterrées!

Xi'an

La première tombe, en moins bon état que les suivantes

Xi'an

La deuxième tombe, plus petite mais mieux conservée, supposée celle des militaires hauts gradés

Xi'an

La dernière tombe, la plus impressionnante…

Xi'an

Une visite qui nous a presque fait oublier le prix prohibitif de l’entrée. On arrive à rentrer à Xi’an par un vrai bus (pas sur que celui de l’aller était l’officiel vu qu’il nous a largué en plein carrefour avant d’arriver au parking classique des bus…), on s’améliore! Et vu qu’on a un peu faim après cette grosse visite, on teste encore un nouveau truc: la « peau des pâtes ». Un genre de plat de nouilles classique, mais froide, et dans laquelle les nouilles en question ont une drôle de consistance, un peu caoutchouteuse, pas mauvais.

Le lendemain était prévu d’aller sur la montagne sacrée de Huashan, à 2 heures de Xi’an. Le nom ne vous dit peut être rien, mais vous avez sûrement dû voir les images de la « randonnée la plus dangereuse du monde ». Trois raisons nous ont finalement empêché d’y aller :
1. Le tarif de 200 yuans (quasi 30€) pour monter au sommet d’une montagne au milieu de milliers de chinois (car l’endroit est très populaire), d’autant plus qu’un téléphérique a été construit (en supplément bien entendu). Sachant que le chinois n’est pas d’un caractère discret, ce n’est pas pour la tranquillité qu’on y va généralement…
2. Niveau timing, nous avions un train le soir même
3. La vraie raison : il a plu toute la journée comme vache qui pisse. Décidément la Chine ne nous sourit pas…

C’est donc vers le musée du Shaanxi que l’on passera la matinée, intéressant avec ses « bibelots » de toutes époque, mais comme d’habitude bousculés au milieu de chinois aux habitudes très désagréables (pour rester polis).

Xi'an

Xi'an

Pour retrouver notre sérénité après cette visite une fois de plus épuisante (des milliers de gamins chinois mal élevés qui hurlent, collent leurs doigts et leurs nez dégueu sur les vitres à l’image des parents, et ça, c’est l’aspect tranquille de la chose), direction une maison traditionnelle de la bouillante rue musulmane. A peine le portail passé, c’est comme si la rue, son agitation et son bruit n’existaient plus. Enfin, calme et silence s’offrent à nous le temps de cette visite qui nous montre à quoi pouvait bien ressembler Xi’an en d’autres temps.

Xi'an

Histoire de ne pas faire de transition trop brutale quand même, les chinois sont remplacés par des oiseaux imitateurs qui lancent leurs Nixao (bonjour) à tue-tête dans le jardin. La cérémonie du thé à laquelle nous avons droit à la fin nous permet de gouter ce breuvage de façon raffinée, c’est de la dégustation en réalité!

Xi'an

Thé oolong, au jasmin, thé de la concubine au litchi, nous sommes conquis et repartons le sac un peu plus chargé prendre notre train de nuit.

Xi'an

Les remparts de la ville de nuit

Notre petit Tibet à nous

Le départ est bien matinal aujourd’hui pour quitter Lijiang vers les « gorges du tigre bondissant ». Le mini-bus rempli de touristes occidentaux (mais où étaient-ils donc cachés, on n’en croise jamais dans les rues?!) est bien calme durant les deux heures de trajet, fin de nuit s’imposant. Le but de cette étape: s’aérer les neurones et les guiboles après quelques jours de villes surpeuplées de chinois surexcités. Les gorges sont réputées pour leur cadre naturel grandiose autour du fleuve Yang-tsé, se rétrécissant jusqu’à une distance de 25 mètres au moins large, lieu que le fameux tigre pris en chasse dans la légende aurait choisi pour s’échapper en sautant par dessus les flots rugissants de la rivière.
Bien poétique cette histoire, mais le début de la ballade l’est moins. Bon, déjà, comme d’habitude en Chine, c’est le bazar, zéro information compréhensible et zéro anglais parlé sont au rendez vous. Heureusement se trouvent dans le bus deux étudiantes françaises en chinois qui nous apprennent que pas besoin de se faire du souci pour nos gros sacs, le mini-bus les amène en fait à la fin du parcours! Si on avait su, on se serait moins pris la tête… Le bus repart donc, nous laissant sur le bord d’une route poussiéreuse, avec en surplomb un large chemin que nous supposons être le début de la randonnée prévue. Ré-organisation des sacs, puis départ. Cette randonnée de 2 jours longe tout du long les fameuses gorges mais en les surplombant de très haut, ce qui fait qu’hormis le tout début de cette journée, nous n’apercevons finalement que rarement le fleuve en contrebas.

Tiger leaping gorge

Ça monte, ça monte, ça grimpe même en lacets serrés à un moment, et oui il y a du dénivelé et il fait chaud. On nous propose régulièrement le long du chemin des bouteilles d’eau fraiche…ou de la marijuana, c’est au choix! Le chemin est impressionnant, la pente très raide, le fleuve coulant si loin en contrebas alors que la paroi d’en face semble bien proche. En cours de route, petits villages de cultivateurs, forêts de pins empierrées et champs de maïs se succèdent dans une jolie diversité. Étant partis bien munis en gâteaux et fruits secs, on ne s’arrête que pour grignoter et nous poursuivons notre chemin à un bon rythme. Le coté décevant d’une bonne partie du parcours, c’est que la vue est la plupart du temps bouchée et qu’il est donc difficile de profiter des perspectives que pourrait nous offrir une telle altitude… L’horizon se dégage les dernières heures, les parois des gorges s’éloignant avant de se rapprocher une ultime fois, montrant les hauts plateaux d’altitude dans le lointain.

Tiger leaping gorge

On pose nos sacs en milieu d’après midi dans une guesthouse judicieusement appelée Halfway et on profite de la vue depuis sa terrasse panoramique sur les gorges, jaugeant les nuages noirs qui s’amoncellent à un bout de la vallée et se rapprochent dangereusement de nous. La vue est canon, la bière fraîche, le dîner pas mauvais et l’ambiance sympa, que demander de plus? On a même une chambre pour nous et des toilettes « scéniques » (oui, parfaitement, ouvertes sur les gorges dans le vide!!!).

Tiger leaping gorge

On repart le lendemain reposés (et largement après tout le monde, quel bande de lève-tôt!) pour une mini étape de deux heures qui rejoint la route et la guesthouse où nos sacs sont supposés arriver.  L’étape se révèle en fait durer une heure (plus sans doute pour les chinois et coréens habillés comme pour l’ascension de l’Everest mais s’arrêtant dix minutes à chaque micro cascade pour prendre une centaine de photos, et à chaque micro montée pour reprendre leur respiration) et on se demande bien ce qu’on va faire du coup.

 Tiger leaping gorge

La suite classique est de faire un aller-retour dans le fond des gorges pour y voir l’eau bouillonner, mais franchement ça ne nous tente pas (en plus l’eau est marronnasse pas appétissante, bof bof), et prendre ensuite la navette de 15h30 pour Shangri-la, encore plus à l’ouest, proche du Tibet. Problème: il est 10h30 et on a pas envie d’attendre. Séb suggère de se poser au bord de la route et d’attendre voir si un bus passe (le réceptionniste de la guesthouse nous a lui assuré qu’il n’y avait aucun autre transport hormis sa navette, bien sûr). La stratégie se révèle payante, car au bout de 30 minutes, un bus finit par nous prendre pour Quiaotou, étape sur la route! Un coréen qui voyage seul (une rareté!) et qui parle un peu anglais (encore plus rare!) et surtout chinois est du transport, ce qui nous facilite bien les choses pour la suite du trajet vers Shangri-la, les bus qui passent étant tous complets, il nous propose de se joindre à lui pour finir de compléter un petit van qui part là bas seulement une fois complet et quasiment au même prix. Sur le papier, tout ça semblait une très bonne idée, mais le trajet se révèle un enfer: deux heures courbés à 90° car les sacs nous tombent dessus depuis l’absence de coffre, avec une absence d’amortisseurs quasi totale et une conduite à la chinoise. Dommage que les conditions ne soient pas les meilleures pour profiter du paysage, car celui-ci est superbe, de hauts plateaux herbeux avec les contreforts de montagnes à l’horizon, on change complètement de décor par rapport aux villes précédentes. Nous arrivons donc à bon port avec un bon mal de dos, mais déposés avec 5 heures d’avance sur l’horaire prévu à 100 mètres de l’hostel qu’on avait repéré, parfait! La mère et la fille qui le tiennent sont adorables et tout sourire, ça change et en bien de l’habituel accueil plutôt blasé et peu chaleureux auquel on a droit. L’endroit est mignon, joliment coloré et décoré avec des drapeaux de prières.

Shangri-la

On part faire un tour dans la vieille ville, tristement ravagée par un terrible incendie il y a un peu plus d’un an, et qui se reconstruit avec frénésie encore aujourd’hui.

Shangri-la

Toute une partie a donc perdu charme et intérêt, il faut pousser plus loin dans les rues pour retrouver les vieilles bâtisses aux toits en tuiles herbeuses, avec leurs façades en terre battue et bois sombre, ainsi que leurs motifs tibétains peints aux murs.

Shangri-la

On est bien loin de Lhassa (presque 2000km!!!), mais Shangri-la, c’est déjà la préfecture d’une région autonome du Tibet, même si l’on n’est pas encore rentré effectivement dans la province. A 3200 m, nous sommes techniquement déjà sur le plateau du Tibet. Cela se sent dans les rues « poussiéreuses », avec des allures de bout du monde, de ville étape vers un grand Ouest inconnu, où nous n’avons malheureusement pas le droit de mettre les pieds. Les conditions d’accès au Tibet sont en effet extrêmement strictes concernant les étrangers: uniquement dans le cadre d’un voyage organisé, avec un visa spécial en plus du chinois et tout ça moyennant des finances importantes. Shangri-la (ou Zhongdian de son vrai nom), renommée il y a quelques années probablement du nom d’un fameux royaume imaginaire imaginé par un écrivain venu se perdre dans ces contrées,  sera donc notre petit Tibet à nous. La population ici est très largement d’ethnie tibétaine, ça se remarque facilement, les us et coutumes ne sont pas les mêmes que chez les Han (les « vrais » chinois). Et pour tout dire, on préfère. Jusqu’à présent, le contact avec la population locale n’est pas fou, l’impossibilité de communiquer n’aidant pas, c’est sur. Mais au delà de ça, par rapport à ce que nous avons rencontré dans tout le reste du voyage, les regards que posent les chinois sur nous sont au mieux indifférents, au pire nous semblent méprisants. On a plus l’impression de les déranger plus qu’autre chose… Voir arriver un étranger qui ne va pas parler chinois (même si on est pleins de bonne volonté!), cela semble être une source d’ennuis pour eux et ils préfèrent alors éviter la confrontation en toute circonstance, nous dédaignant totalement, ce qui a le don de nous paraître encore plus impoli et désagréable! Bien sur, il y a des exceptions et nous rencontrons des chinois sympathiques comme partout ailleurs, mais l’impression générale n’est pas positive. Sans doute que quelques notions de mandarin et surtout une prononciation correcte aideraient le courant a mieux passer… Ici, en revanche, les tibétains nous regardent avec le sourire, nous saluent, font des efforts pour nous comprendre et nous aider dans nos démarches, un plaisir. On ne comprend toujours pas vraiment ce qu’on va manger quand on le commande, mais au moins, ça fait rire les restaurateurs! La ville tendait avant l’incendie à devenir à l’instar de Dali ou de Lijiang un genre de Tibet-Disneyland, mais les ravages semblent avoir mis un sérieux coup de frein au tourisme, et c’est tant mieux pour nous car ici, on a enfin l’impression de respirer et d’être sortis du tourisme de masse chinois. Les ruelles sont calmes, les occidentaux toujours peu nombreux mais plus repérables sans la masse chinoise, tout est moins bruyant et moins pollué, l’air est plus pur à cette altitude.

Shangri-la

On testera le soir une fondue tibétaine: dans un grand bol central rempli de bouillon aromatisé cuisent des morceaux de yak avec des herbes, auquel on rajoute à notre guise un assortiment de champignons et divers légumes verts que l’on mange une fois à point. Ce n’est pas une révolution culinaire, mais ce n’est pas mauvais non plus, c’est original, et ça a le mérite de ne pas être frit! Et le petit gâteau à l’orge en dessert n’est pas mal non plus. Petite remarque, car cela nous arrivera à quasiment chaque repas ici: le serveur étant généralement plein de bonne volonté mais pas franchement anglophone, il fait un appel à la cantonade dans le restaurant pour recruter une personne parlant l’anglais et lui donne le calepin de commandes pour retranscrire tout ça en sinogrammes! C’est assez amusant, surtout que la personne qui s’est dévouée n’est pas forcément très versée dans la langue de Shakespeare non plus, ce qui nous donne des commandes un peu aléatoires.

On part le lendemain visiter le monastère de Songzanlin, un peu excentré du centre ville, ce qui nous permet de traverser les quartiers récents, des bâtiments neufs sans grand intérêt qui contrastent avec les vieillards que l’on voit vaquer à leurs occupations sur les trottoirs et les femmes en costumes qui rentrent avec leurs paniers plein de victuailles sur le dos dans le même bus de ville bondé que nous. L’ensemble religieux est plus de la taille d’un village que d’un simple temple, 600 moines vivant en permanence ici. Ce monastère est un peu un miraculé, il avait été très endommagé pendant la révolution culturelle chinoise et a été reconstruit par la population locale dans sa totalité sous la forme telle qu’on peut le visiter aujourd’hui. La vue depuis la colline où il est construit est magnifique, on distingue au loin les hauts sommets enneigés, chanceux que nous sommes aujourd’hui d’avoir un grand ciel bleu au dessus de nos têtes (ce n’était pas arrivé depuis quelques semaines maintenant!).

Shangri-la

L’entrée est hors de prix (c’est normal en Chine…), mais la visite vaut la peine. Au dessus des maisons traditionnelles, on accède après une bonne grimpette le long de petits temples parallèles à l’ensemble composé des 3 temples principaux, superbement décorés. Tout est très coloré, des fresques immenses peintes directement aux murs racontent la vie du dharma protecteur, de nombreuses poutres et colonnes rouges soutiennent les édifices qui abritent d’immenses bouddhas dorés et de minuscules reproductions de bouddhas dans des vitrines le long des murs. Dans les cours flottent les drapeaux de prière multicolores, qui contrastent avec les façades blanches des bâtisses et les tissus noirs qui cachent leurs entrées.

Shangri-la

Malheureusement aucune photo n’est autorisée à l’intérieur… Petite description de l’ambiance: on tourne dans le sens des aiguilles d’une montre une fois rentrés, des locaux viennent prier devant les différentes statues qu’ils vénèrent à grand renfort d’encens, les mères gardant leurs bébés attachés dans le dos pendant leurs génuflexions et les moines vaquent à leurs occupations, dans leurs toges jaunes orangés. La secte à laquelle appartient le monastère est celle des bonnets jaunes, on est très surpris d’y voir vénérer des photos du Dalaï-Lama, celui-ci étant officiellement persona non grata en Chine… On a l’occasion de les voir dessiner des motifs très élaborés en sable multicolore sur le sol à l’aide de petites canules qu’ils raclent pour faire tomber les différents sables de couleur le plus finement et lentement possible, créant des motifs d’une complexité incroyable…et tellement éphémères! Ils sont bien 7 ou 8 à faire crisser leurs petites baguettes métalliques agenouillés, en pleine concentration au pied d’un bouddha. Du dernier temple, le plus haut perché, la vue sur les toits et la région est superbe.

Shangri-la

On redescend ensuite rejoindre la route par un autre chemin qui passe le long d’un lac offrant de belles perspectives sur l’ensemble du monastère tibétain. Une belle ballade et une belle découverte, on ne regrette pas d’être venus, on s’y serait crus! Après un déjeuner à base de nouilles au yak dans le même restaurant que la veille (on a apprécié le menu en anglais et la sympathie du serveur!), on va voir le temple de Da Gui Shang au centre de la ville et rempli de touristes chinois, qui trône sur une colline à coté d’un immense moulin à prières doré (selon certains le plus grand du monde).

Shangri-la

Shangri-la

Le moulin tourne à la force des bras et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est lourd. C’est un effort collectif qui est nécessaire pour aboutir à sa rotation! On rentre se poser un peu à notre hostel avant un long trajet en bus de nuit pour retourner à Kunming, plateforme incontournable pour rejoindre nos prochaines étapes, Shangri-la étant bien trop éloignée de tout. C’est avec regret que nous quitterons cette ville, sa population souriante, son ambiance aussi bien dans la partie ancienne que dans la partie récente et son environnement montagnard. Il n’y a pas à dire, on en revient toujours au même, dès qu’il y a un peu d’altitude et de beaux sommets à l’horizon, on se sent chez nous…

Shangri-la

De retour à Kunming sous la pluie battante (on l’avait presque oubliée), on se dirige en priorité vers la gare pour acheter des billets de train, afin de repartir le soir même, n’ayant pas pu les acheter à Shangri-la. Et là c’est l’échec, plus de place pour le jour même en couchette, uniquement en sièges durs. Sachant que le trajet doit durer environ 35 heures, on est pas emballés par l’idée du folklore de la plus basse classe des trains et en prendre un le lendemain nous ferait arriver dans 3 jours… Repli stratégique sur le café d’une auberge dans le centre, on bataille des heures durant sur internet pour finalement réussir à acheter des billets d’avion pour le lendemain à un tarif convenable. On est donc bloqués à Kunming pendant deux jours. Vue la météo, on reste à l’hostel toute le reste de la journée et on ne sort que le soir en direction du centre-ville ultra moderne, composé de rues piétonnes bordées de boutiques et toutes éclairées par des écrans et néons géants le tout sous d’immenses immeubles.

Kunming

On se croirait presque à Time Square. Pour le dîner, on se replie vers le food court rempli de petites échoppes, dont certaines uniquement d’insectes…

Kunming

Heureusement le lendemain, le soleil est de retour, et l’on en profite pour aller visiter le temple bouddhiste de Yuantong et ses bâtiments splendides, avant de déguster la spécialité du coin : « les nouilles qui traversent le pont ». On vous apporte un bouillon encore bouillonnant, et l’on verse soi-même les ingrédients afin qu’ils cuisent. Délicieux et très revigorant avant de se rendre au marché aux fleurs… pleins d’oiseaux et vers les deux pagodes de la ville, ce qui s’avérera être une très longue marche sous le soleil qui tape fort!

Kunming

Le Disneyland des vieilles pierres

De Guilin, nous nous embarquons dans un long périple en train afin de rejoindre une nouvelle province chinoise, le Yunnan. 22 heures de train, en hard sleeper, c’est à dire en couchettes pas hyper confort et non compartimentées, une expérience… Surtout quand on fait des économies de bout de chandelles comme nous et qu’on se retrouve sur les couchettes du haut , où tu ne tiens pas assis! Bon, ça reste quand même sans commune mesure avec la sleeper class des trains indiens, l’expérience ultime. Un réservoir d’eau chaude en début de wagon, des employés en costume et peu souriants, des voisins bruyants et d’une propreté non exemplaire, on se croirait presque déjà dans le transsibérien. Les heures passent, les gares s’enchaînent, les nouilles instantanées aussi, pas les conversations malheureusement, car si nous suscitons parfois la curiosité dans le wagon (nous sommes les seuls occidentaux) surtout auprès des enfants, la barrière de la langue est bien trop forte pour se lancer.

Arrivés dans un état de fraîcheur relativement moyen à Kunming, on se rend compte que nous n’avons pas les infos nous permettant de nous rendre à notre hostel, les choses se corsent! On tente le taxi: recalés. On doit pas s’y prendre comme il faut, mais personne ne s’arrête et le seul qui daigne nous écouter refuse de nous prendre. Ajoutons à cela une ambiance très « militaire » à la gare qui nous met franchement mal à l’aise (des policiers en uniformes armés jusqu’aux dents à chaque coin de rue, des fourgons blindés et des barrières anti émeutes), vous avez là une arrivée réussie dans une ville inconnue! Dépités, on décide de marcher, nos jambes étant encore le moyen le plus sûr d’arriver à bon port… On finit par avoir une illumination sur le numéro du bus à prendre d’après de vagues souvenirs internet et on arrive finalement à bon port sans même s’être perdus, un exploit! L’auberge est très sympa, un peu excentrée, mais bonne ambiance et anglophone, ouf. On perd du temps à régler des tracas administrativo-financiers (genre tes CB qui décident subitement que non, elles ne te donnent plus d’argent quelque soit la banque tentée). Puis, la faim se faisant sentir, on part avaler un bol de nouilles commandé au petit bonheur la chance avec les deux mots d’anglais du patron et les trois photos affichées dans le resto. Et on s’en tire finalement pas mal!!

On part à la découverte de la ville et de son temple d’Or, point phare des attractions touristiques à une petite heure de bus (oui, 22 heures de train, ce n’était visiblement  pas assez). Les bâtiments se situent en hauteur, ce qui offre de belles vues sur la ville en contrebas. La visite est agréable, un enchaînement de petits temples taoïstes où les locaux viennent prier à grand renfort d’encens.

Kunming

Quelques symboles taoïstes y sont présents: une statue du Dieu de l’étoile polaire (modèle du souverain gouvernant selon le principe du non-agir de Lao-Tseu, soit avec modestie et sans abus), les étoiles de la Grande Ourse, des inscriptions poétiques (« le vent et la pluie sont en harmonie, la paix règne sur le monde« )…

Kunming

On croise également des fresques sculptées dans d’énormes blocs de pierre ainsi qu’une petite exposition d’estampes à l’encre (de Chine, bien sur….).

Kunming

Les jardins où reposent de petits lacs couverts de nénuphars sont un havre de paix dans cette ville bouillonnante.

Kunming

On montera ensuite en haut du pavillon de la cloche, le plus élevé du complexe, où se trouve une énorme cloche de bronze (quel hasard) et où on peut faire sonner le gong (moyennant un billet bien sûr, mais ça  ne décourage pas un touriste chinois!).

Kunming

La promenade se termine en redescendant par la forêt décorée de bronzes sculptés de toute beauté, où de vieilles dames jouent au mah-jong et on repart dans la ville moderne après cette parenthèse de calme et de verdure.

N’ayant pas trop de temps pour explorer la ville, on choisit de privilégier le coin du parc du lac Émeraude, datant du 17ème siècle, où les locales de tous âges se réunissent pour pratiquer un sport extrêmement populaire dans le pays: la danse. C’est un rituel que nous rencontrerons de nombreuses fois au cours de notre périple: vers 19 heures, réunion sur une place ou dans un parc, musique, tous en rond et dansons!

Kunming

Traditionnel, pop, fitness, tous les styles se rencontrent et tout le monde est le bienvenu pour rentrer dans le groupe. Ce qui est étonnant, c’est que personne ne semble vraiment mener tout ce beau monde, et pourtant l’ensemble est harmonieux, chacun  sachant ce qu’il a à faire… Un mystère de coordination à explorer! On s’offrira ensuite un délicieux repas dans un restaurant du quartier universitaire: bœuf frit à la menthe, purée de patates assaisonnée à la chinoise (pimentée!!), aubergines relevées avec brio et tranches de chèvre frites! La Chine, à coup sur, un voyage culinaire. Qu’on conclura ce soir par l’engloutissement d’un bon kilo de litchis à deux, un délice sans comparaison avec les importés de chez nous…

Kunming

On quitte Kunming le lendemain matin à bord d’un bus pour Dali, la prochaine étape. Entre les temps de trajets pour rejoindre les gares de bus et le trajet en lui même, on passera la journée dans les transports, mais une fois de plus, on arrive à bon port sans se paumer, on tient le bon bout! Le morceau de Dali qui nous intéresse est la vieille ville, la nouvelle n’ayant pas un intérêt touristique prononcé. Problème, nous voilà une fois de plus dans un grand Disneyland Chinois. La vieille ville est certes très belle, les quartiers anciens bien conservés avec leurs vielles maisons ont un charme fou, mais que dire du reste…

Dali

Les axes principaux de la cité, encerclée de remparts, ne sont qu’une succession de boutiques de souvenirs et d’attractions touristiques d’un goût douteux. Certaines rues de la ville ont été « repensées à l’ancienne », c’est a dire reconstruites pour mieux correspondre aux goûts des touristes, pas toujours une réussite. Et pourtant, à côté de ça, de beaux temples, des ruelles où l’on prend plaisir à se perdre au milieu des habitations anciennes, des tours d’où la vue sur la ville, son lac et ses montagnes environnantes font presque oublier les millions de chinois qui partagent la vue avec nous…

Dali

Notre auberge, idéalement située tout près de la vieille ville mais au calme est un bon camp de base, joliment décorée. On y repasse avant de tenter l’expérience du food court à la chinoise: des dizaines de stands où la nourriture est préparée à la minute, avec les tables au centre, où chacun s’assoit avec ses trophées personnels.  Oui, trophées, car commander dans ce grand bazar, ce n’est pas de tout repos!

Dali

Quelle dextérité ont ces cuisiniers qui doivent surchauffer derrière leurs énormes plaques où rissolent légumes, riz, nouilles, viandes et autres fruits de mer… Au rayon « nourriture étrange » (une spécialité du pays tout de même et notre crainte quotidienne), on trouve ici les brochettes de scorpions et nombre de gelées douteuses quant à leur composition. C’est samedi soir ce soir et l’animation est à son comble dans la ville: les tables des bars sont couvertes de bières, ça joue aux cartes partout (et pas pour des cacahuètes) et les basses résonnent dans les rues. Adieu charme et tranquillité, bonjour tourisme de masse chinois endiablé!

Le lendemain, on loue un vélo afin d’explorer les alentours. L’idée d’aller randonner dans les montagnes Cangshan qui bordent Dali étant hors de propos vue la météo (sommets dans les nuages noirs et plafond bien bas peu rassurant), c’est côté lac que nous allons nous promener.

Dali

Vue sur les pagodes de Dali

Les berges de l’immense lac Erhai (« oreille de mer ») offrent en effet une belle ballade dans les villages traditionnels de pêcheurs et de cultivateurs qui le bordent, l’occasion de voir un peu de « rural ». La route au milieu des champs est bonne, le chemin bien fléché et les villages traversés intéressants, on y retrouve le même type d’architecture traditionnelle qu’à Dali, la foule en moins et les paysans en plus.

Dali

Dali

Dali

A force de pédaler, on va bien plus loin que prévu et on se retrouve à Zhoucheng, à 30 bornes de notre point de départ… Avec ses 2 grands banians trônant sur la place du village et ses petites rues tortueuses, le village est encore loin du tourisme de masse.

Dali

Celui ci est en revanche déjà bien arrivé au village de Xizhou, où les boulangers locaux font fortune en vendant leurs pains du coin, les babas, bien trop chers pour ce que ça vaut… Mais que de belles ruelles dans ce village, encore conservé avec ses devantures en bois et ses toitures où l’herbe pousse sans s’inquiéter du temps qui passe.

Dali

Dali

On prend le temps de goûter une spécialité du coin (que nous ne renouvellerons pas par la suite), des nouilles froides gélatineuses couvertes de piment qui semblent être un vrai délice pour les locaux, moins pour nous.

Dali

Étant dans une province où l’ethnie Hui (musulmane) est assez présente, on croise pas mal de femmes portant un voile et d’hommes avec une sorte de petit bonnet blanc. Ils vendent de petits gâteaux cuits à la vapeur n’ayant pas un goût très prononcé, mais ça ne coûte rien et ça fait un dessert sympa (on ne peut quand même pas toujours finir sur une mangue juteuse, sucrée et mûre à point à chaque fois, malgré le souhait de Séb…).

Dali

Petite digression peu appétissante, mais malheureusement inévitable au quotidien: il est un passage obligé lors de tout voyage, celui de la visite des toilettes. Hors, la Chine, de (très) loin, remporte la palme des chiottes les plus immondes rencontrées à ce jour. Description: imaginez une rigole creusée au sol, vaguement carrelée, des murs arrivant à hauteur de taille disposés à intervalles réguliers perpendiculairement à ladite rigole, non cloisonnés, et vous obtenez les fameuses toilettes. Concrètement, ça veut dire que tout le monde voit tout le monde pisser (ou autre), qu’on est accroupis le nez dans une rigole immonde (parce que l’eau n’y circule que quand Dame Pipi l’a décidé), donc généralement juste au dessus de ce que votre prédécesseur vous y a laissé. Le bonus? La poubelle pleine à craquer disposée intelligemment au niveau du visage quand on est en plein équilibre précaire… Ceci est la version féminine, mais aux dires de Seb, pas mieux chez les hommes… Voilà, cet aparté est terminé, il est temps de rentrer, il y a du chemin.

Dali

La galère du retour, c’est de crever à 5 km de l’arrivée, heureusement pas le long du lac mais sur la route principale. Les risques du sport! Après 60 bornes dans les jambes et une bidouille de bus pour revenir à bon port, nous avons le plaisir de nous faire recevoir par notre loueuse qui tape une crise à cause du pneu crevé (sur un vieux VTT pas entretenu bien sur, cela doit être quelque chose d’exceptionnel pour elle) et nous demande des sous! Hors de question de lâcher le morceau, elle finira par nous rendre mon passeport après avoir jeté les vélos par terre (mais je t’en prie, ce sont les tiens, casse les donc!) et beaucoup crié (on a du copieusement se faire insulter en chinois…). Non mais, elle loue du matériel pas entretenu, c’est nous qui nous tapons de galérer pour rentrer et il faudrait la payer en plus?! Ils perdent pas le nord ici… On se rebaladera dans la vieille ville après cette mésaventure afin de voir les endroits qu’on avait loupé la veille, et c’est bien claqué qu’on ira se coucher.

Dali

La traditionnelle danse du soir…

Dali

On aura finalement eu du pot aujourd’hui niveau météo, à peine quelques gouttelettes sur la route malgré le plafond de nuages noirs qui nous a suivi une bonne partie de la journée.

Le mini bus du lendemain nous emmène à Lijiang, autre ville plus à l’ouest du Yunnan, connue également pour ces vieilles pierres. A 2400 mètres d’altitude, on respire mieux et la chaleur prend une température des plus agréables pour visiter. On est déposés sous un temps radieux par notre bus à l’exact opposé de notre hostel, déjà bien excentré, parfait! Et le comptoir d’information de la gare est bien entendu incapable de nous dire quel bus peut nous y emmener, donc on marche une petite heure avec les gros sacs pour y arriver… Cela nous permet tout de même de contourner la vieille ville et d’admirer le panorama sur les hautes montagnes en fond (5600m tout de même!).

Lijiang

Notre lieu de résidence est heureusement très sympa, les proprios aussi, on nous fait goûter des fruits qui ne poussent que dans le coin et ressemblent à des cerises poilues un peu acides, pas mal après cette longue marche. On part ensuite explorer la vieille ville de la capitale de l’ethnie Naxi, repérable par ses particularités vestimentaires (fréquente casquette Mao bleue et tablier assorti) et ses coutumes (très matriarcale comme société).

Lijiang

La ville, aux bâtisses anciennes bien conservées, est sillonnée de canaux qui lui donne un petit air de Venise chinoise. Lijiang ou « le gros encrier » selon le surnom chinois, date du 12ème siècle et est plutôt joliment restaurée. Le rez de chaussée des maisons est composé de panneaux de bois qui se replient pour laisser apparaître les échoppes, tandis que les lieux d’habitation sont à l’étage.

Lijiang

Lijiang

On s’arrête dans un restaurant qui attire notre regard pour déguster d’étranges spécialités: du concombre mariné au piment avec les fameux « œufs de 100 ans » (devenus transparents et avec une consistance de gelée intrigante), des nouilles de blé très larges assaisonnées de nombreuses épices, le tout arrosé d’un jus de prune ultra sucré… Miam! La Chine, toujours le voyage culinaire.
On monte ensuite par les ruelles tortueuses sur une colline surplombant la ville pour une belle vue sur les toits. D’ici, aucune vision des multiples canaux et ponts qui jalonnent la ville.

Lijiang

Belle perspective en revanche sur la place du Marché où la danse est toujours à l’honneur dans une ronde effrénée (enfin au rythme des septuagénaires qui la composent). En contrebas des rues où l’on marche, on remarque aussi parfois des ensembles de trois petits bassins, dont chacun a a priori une fonction bien particulière rationalisant l’usage de l’eau: le premier est l’eau à boire, le second celui pour laver les aliments et le dernier pour laver les vêtements. La ville grouille malheureusement de monde, de boutiques de souvenirs à touriste et autres grigris qui rendent la progression difficile et cassent les oreilles à un point difficilement imaginable, dur d’en ressortir sans une bonne migraine vu le niveau sonore  des chinois dont le silence est tout sauf la vertu première.

Lijiang

On a les jambes bien en compote après cette ballade (avoir fait trois fois le tour de la ville pour trouver une Bank of China n’a pas aidé) et on rentre donc grignoter un truc avant de se coucher, de toute façon, la ville surchauffe de monde le soir, la circulation à pied y devenant rapidement un enfer.

Lijiang

Oui, vous ne rêvez pas, ce sont bien des panneaux dispersés dans la ville à l’attention du touriste chinois…

Autant se reposer pour les nouvelles aventures du lendemain!

Lijiang

1 milliards 300 millions de (touristes) chinois et moi et moi et moi…

Pour ceux à qui la chanson de Jacques Dutronc ne dit rien :

Pourquoi cette chanson me direz-vous? Parce que ces paroles ont bien résonné dans nos têtes depuis Canton, même si comme vous l’avez remarqué le chiffre a quasiment doublé entre temps.

Arrivés à Guilin, on s’installe à notre auberge après avoir réussi à la trouver malgré des explications des plus incompréhensibles. Ensuite direction la street food pour nous sustanter. Et là, c’est encore un choc : il s’agit d’une rue piétonne, bordée de restaurants et de magasins de vêtements branchés (à la chinoise quand même). Mais il est où le pays en voie de développement, avec des millions de chinois en vélo au milieu de bâtiments traditionnels? Ici c’est du touriste local, beaucoup de touristes en fait et pas un vélo en vue, mais des milliers de scooters électriques, le tout entre de gros malls et tours d’habitations modernes imitant l’ancien. Mais bon, on se délecte de brochettes locales et de desserts à base de mangues, au moins en Chine, on y mange bien!

Guilin

En rentrant, on s’aperçoit vite qu’une bonne partie d’Internet est inaccessible : Facebook, Google et toutes les applications attenantes, donc pas de mail ou de cartes ou de recherche ou de traduction, WordPress (adieu la mise à jour de ce blog). Le tout est confirmé par Luc, un américain qui étudie le chinois ici… Bref, ça va pas nous simplifier la vie tout ça.

Guilin

Y’a pas qu’Internet qui pose problème…

Le lendemain, direction une colline en pleine ville sur les conseils de notre hôte de l’auberge, avec la plus belle vue selon elle, et en plus gratuite et sans touriste puisqu’elle n’est pas connue! Ce qui implique que les autres, notamment celle de l’éléphant archi connue, sont bondées et payantes… Ça va pas trop nous plaire le pays à ce rythme là! En chemin, la ville confirme l’impression de la veille, c’est moderne, avec des constructions on ne peut plus kitsch (façon ancien mais reconstruit) au milieu. C’est d’un goût très… personnel. On a eu quelques difficultés à localiser le début du sentier vu l’aspect confidentiel du coin, on a également perdu 1 litre d’eau chacun dans la montée grâce aux conditions météo (plus de 35°C, humide et étouffant), mais au moins nous sommes tous seuls et une vue splendide s’offre à nous en haut.

Guilin

La ville est organisée au pied de nombreux pics karstiques qu’on voit à perte de vue malgré les nuages noirs, assez impressionnant comme vue.

Guilin

Une fois redescendus, on fait une balade dans la ville pour voir les « attractions touristiques ». Plus kitsch, tu meurs, c’est un peu assorti à la tenue de certains en train de se faire photographier devant.

Guilin

Au moment du déjeuner, on choisit un restaurant assez commun ici, mais particulier pour nous autres non-chinois… En effet, une bonne partie de la nourriture animale consommée à l’intérieur est exposée devant encore vivante! On vous laisse juger par les photos, on peut se retrouver avec des choses bizarres dans son assiette…

Guilin

Guilin

Guilin

On commande un poisson et ça n’a pas loupé, le cuisinier est parti le chercher devant. Mais c’était fort goûteux. En sortant, on se prend encore la pluie, décidément ce n’est vraiment pas la bonne saison.

Le soir, nous prenons un bus direction Yangshuo, décrit dans notre guide comme village un peu plus authentique avec quelques touristes occidentaux, et surtout des paysages encore plus impressionnants, en plus d’être la capitale de l’escalade, forcément vue la géographie locale. Arrivés au terminal de bus (plus au bon endroit, merci le routard…) et les bagages déposés à l’auberge, où le réceptionniste ne parle pas un seul mot d’anglais, on se dirige vers la western street où se situent la majorité des bars et restaurants. Et là, le choc, c’est plein à craquer de touristes chinois et de toutes les animations qui s’ensuivent! Mais quand on dit plein, il faut imaginer quelques choses du genre une fête de la musique à Paris, avec plein de vendeurs ambulants, de serveuses invitant le touriste à manger dans son restaurant, le tout avec pour fond sonore les musiques de toutes les boutiques à plein volume et comme décor des bâtiments et ponts rénovés dans le style local, mais en plus kitsch, agrémentés de dizaines de néons. Et pas un touriste occidental en vue, uniquement des bars, restaurants et commerces destinés aux locaux. Au moins on ne se fait racoler, mais c’est plutôt l’indifférence et la bousculade qui est commune. Un petit détail nous fait bien sourire : il y a des boutiques de djembés absolument partout, avec devant un chinois qui essaie de taper dessus en rythme sur un morceau de pop chinoise diffusé à plein tube, mais on ne peut vraiment pas dire qu’ils ont le rythme dans la peau…
Bref, pas du tout ce à quoi on s’attendait, à tel point que Delphine ne souhaite qu’une seule chose, qu’on s’en aille demain vers Xinping, un autre village plus excentré. Le lendemain, en attendant de quitter le lieu , on loue deux vélos pour aller faire un tour dans la campagne environnante. Campagne est un grand mot, puisqu’il y a des touristes absolument partout, en vélo, scooter électrique, bus etc. La paisible route se transforme en autoroute à touriste dont nous faisons partie, mais au moins le paysage est splendide. On a réussi à atteindre Moon Hill, la fameuse arche, que Séb rêve de grimper, après une vingtaine de minutes de montée. Manque de chance:
1. L’entrée est maintenant payante (le business du tourisme est florissant)
2. La température doit être proche des 40°C et le taux d’humidité des 100% (et il pleut par intermittence)
3. Il y a des panneaux « interdit de grimper » partout…
Bref, ce n’est plus vraiment la destination des grimpeurs comme présentée dans les vidéos, et surtout pas en Juin pendant la mousson.

Yangshuo

Yangshuo

On continuera en vélo jusqu’au village suivant pour voir le marché hebdomadaire. Assez sympa, mais on peut y trouver de tout à manger, y compris des chatons… La nourriture chinoise est excellente jusqu’à présent, mais on va essayer de faire attention à ce qu’on mange.
Nous arrivons à Xingping en fin d’après midi, encore une fois sous la pluie. Mais la première impression est bien meilleure : il s’agit d’un petit village de pêcheurs préservé et surtout, avec très peu de touristes!

Xingping

Le lendemain, sur les conseils de Luc, un sympathique américain rencontré à Guilin, nous montons sur la colline d’à côté où la vue est époustouflante malgré la pluie et la chaleur.

Xingping

Et puis, ne souhaitant pas se laisser mourir de faim, un petit tour au marché s’est imposé une fois que l’on est redescendu.

Xingping

Xingping est connue pour être le port de débarquement de la croisière star, mais c’est avant tout LA ville d’où on jouit de la vue du dos des billets de 20 yuans.

Xingping

Bref, Xinping, on a accroché! Après un bon tour de la ville, retour à Yanghsuo, cette fois-ci pour grimper le lendemain. Au matin, c’est avec toute une troupe de grimpeurs, tous de nationalités différentes, rencontrés dans la rue (Carlos, si tu nous lis!) et à l’auberge qu’on essaie, parce qu’on a mis près de 2 heures à décoller, de se rendre au pied d’un spot de grimpe. Celui-ci est bien perdu dans les rizières et les villages aux alentours, et surtout sans un touriste à l’horizon à part nous-mêmes, ce qui fait une bien plaisante ballade à vélo.

Yangshuo

L’escalade et l’ambiance sont sympas, malgré des conditions les plus éloignées de l’optimum.

Yangshuo

Mais, c’est déjà l’heure de rentrer, pour rejoindre Guilin et le lendemain prendre notre train en direction de la prochaine étape…

L’empire de l’incompréhension

C’est heureux d’avoir nos visas que l’on prend le bus pour Canton (Guangzhou)  en début d’après-midi. Le bus nous dépose au poste de frontière de Shenzen qui est énorme, c’est que beaucoup passent ici par jour! On reprend un autre bus une fois la frontière passée et on sent tout de suite que ça a changé. Ça a beau être le même pays, finalement Hong Kong est assez différent de la Chine. Ce qui choque lors du trajet, c’est l’urbanisation extrême: pendant des kilomètres et des kilomètres, on ne voit que des bâtiments, dont une bonne partie en construction, alors que Shenzen est loin d’être une des plus grandes villes du pays! Là on realise que 1,3 milliards de chinois, ça en fait du monde…

Le ciel est bien gris, ce qui est loin de rendre le paysage assez désolant plus agréable. Très vite, il se met à pleuvoir, une énorme averse, sauf que celle-ci n’a pas l’air de vouloir s’arrêter. Elle ne nous quittera pas de la journée. Une fois à Canton, on prend le métro pour rejoindre notre auberge, très sympa, et là, nouveau choc. La ville et le métro sont ultra modernes, mais le paramètre important et omis c’est qu’il est 18h, l’heure de pointe et dans l’une des plus grosses villes de Chine avec nos gros sacs à dos!

Par rapport à Hong Kong, le « remplissage » est beaucoup moins civilisé… On peut même dire que le chinois est clairement rustre, mais on réussit tout de même à arriver à notre auberge, super sympa, au bord de la rivière, alors que la nuit tombe et que la ville s’illumine.

Canton

On voit quelques personnes âgées faire leur Tai Chi sur le quai, ça a l’air détendu. Les tenanciers de l’auberge parlent un anglais timide, mais le parle quand même, ouf!

Par contre, l’expérience du dîner est différente, tous les restaurants ont des affiches ou menus uniquement en mandarin, mais on tombera pour notre part sur un menu traduit et en images. Re-ouf! On assistera à une jolie dispute entre deux serveuses à propos de nos plats, sans en comprendre un mot, ça a l’air assez spécial ce pays.

Les gens en dehors ne parlent pas un seul mot d’anglais, mais surtout n’en comprennent pas un mot, même les nombres, et n’ont pas l’air de comprendre le langage des signes. Ça ne va pas être facile ce bout de voyage… Mais au moins, la nourriture et bonne et plaît même à Delphine.

Canton

En chine, on est préparés à tout

Le lendemain, direction la gare pour acheter des billets pour prendre le train de nuit vers Guilin. Mais tout n’est pas si simple en Chine pour nous pauvre occidentaux. Arrivés à la gare Est comme indiqué par l’auberge (arriver tôt parce que c’est samedi), elle aussi ultra moderne, aux guichets on comprend que ça va être difficile, puisque absolument tout est en caractères chinois: le tableau d’affichage des différents trains, les inscriptions au dessus des comptoirs… On essaie de chercher le nom en chinois sur les tableaux en vain et on finit par se demander si c’est bien la bonne gare, puisque Guilin est à l’ouest de la ville et que notre train est après le dernier train affiché ici. Mais on décide de faire la queue dans l’une des files au hasard, ne comprenant pas qu’est ce qui les différencie. Arrivés devant la guichetière, on essaie de prononcer notre destination sans qu’elle comprenne et au bout de quelques minutes, on finit par lui montrer notre guide du routard avec le nom en chinois! Mais elle nous répond quelque chose d’incompréhensible, essaie en anglais mais est assez gênée, ou amusée. On finit par comprendre que que ce n’est pas ici, mais ça serait à la gare Ouest, comme on le pensait. Mais sans être sûrs vu le regard vide de la guichetière à nos questions. On essaie ensuite désespérément et en vain de trouver un point information ou de se connecter à Internet. Finalement, on finit par demander à une agence de voyage qui nous indique qu’il faut aller au guichet 1. Delphine y va pendant que Seb va au Starbucks pour vérifier sur Internet. Résultat, pas d’Internet accessible puisqu’il faut un numéro chinois (Big Brother!) et pas de trains de nuit, uniquement des trains qui mettraient quelques heures contre une douzaine d’heures comme indiqué dans le routard. L’écran étant en chinois, impossible de vérifier, on pense qu’on ne s’est pas compris. Dépités, on finit par demander à la réception d’un hôtel, qui après vérification nous confirme que c’est au guichet 1 et que ça serait les bons horaires. On retourne donc au guichet, nouvelle queue, puis on redemande en vérifiant les inscriptions dans le guide et on s’aperçoit que c’est la bonne destination simplement l’arrivée est à la gare Nord. En fait, les villes sont maintenant reliée par un TGV. Tout va très vite ici, et même trop vite pour le routard (qui se révélera très incomplet, voire complètement nul… mais on en reparlera dans un article dédié).

Remis de toutes ces émotions, on fait la découverte rapide de la ville: des grandes tours, de larges avenues, des bâtiments énormes à l’architecture futuriste.

Canton

Bien loin du pays en voie de développement comme on nous le présente en Europe, c’est plutôt la France qui va commencer à être en retard…

Canton

Vue sur l’opéra de Canton

Un petit tour au musée de la ville incroyable, qui présente bien la culture cantonaise, celle que l’on connaît en Occident puisque la majorité des émigrants chinois dans le monde (70%) sont originaires du coin.

Canton

Les dragons-boats

Canton

Des plantes médicinales chinoises, enfin on présume

Un détour par le mausolée du roi Nanyue, un musée autour du tombeau de Zhao Mo. A la chinoise, il s’agit d’un tombeau démesuré, 72 martyrs ont été enterrés avec le roi. Le musée expose principalement les pièces retrouvées dans le tombeau: d’innombrables pièces de jade composant son habit mortuaire, des pièces d’apparats, le tout extrêmement bien expliqué. C’est au pas de course que l’on fait la visite puisque nous avons un train dans quelques heures.

Canton

Un costume mortuaire entièrement en jade

Nous partons tôt pour avoir de l’avance à la gare, mais une fois nos bagages récupérés à l’auberge, on nous explique qu’il faut une heure pour aller à la gare de l’Ouest… Super, notre train étant exactement dans une heure sachant qu’il faut y être 30 min en avance normalement. On repart en courant vers le métro (à 10 bonnes minutes à pied) sous la pluie. Les changements s’enchainent parfaitement, et on arrive 20 min avant l’heure de départ. Là on se dit, facillllleee! C’est sans compter sur les gares chinoises… Ultra moderne, ressemblant plus à un aéroport (plus grande qu’Orly), où il faut passer un premier guichet qui contrôle les billets, avec toujours plusieurs comptoirs en chinois tous différents, puis passer la sécurité et se faire scanner les bagages (???) pour aller à la porte d’embarquement (comme un aéroport on vous dit), le tout étant à des étages différents, entrecoupés d’escalators et de milliers de chinois qui jouent des coudes. On finit par arriver au train de justesse avec de nombreux chinois dans notre situation, l’employée appelant les retardataires au mégaphone (sûrement ça vu qu’on ne comprend rien). Mais au moins, on l’a eu! Ne sachant pas à quoi s’attendre, on est agréablement surpris par le train ultra-moderne et confortable également. Le voyage se fera donc sans encombre, avec de superbes paysages de collines couvertes de forêt de bambous.