Bye bye l’Amérique

Le retour de la rando nous incite à une seule chose : à nous reposer. Le lendemain donc nous prenons le bus direction El Calafate pour la 2e plus grosse attraction touristique du pays après les chutes d’Iguazu : Le Perito Moreno. Encore une bonne journée de bus donc (6h). Au début, j’étais peu motivé (Seb) et un peu rebuté par le tarif étranger exorbitant pour entrer dans le parc (alors que c’est le même parc qu’à El Chaltén, cherchez l’erreur) et que des glaciers, on en vu un d’exceptionnel, avec en plus la calotte glaciaire continentale, rien que ça.

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Cependant, une fois sur place on se rend vite compte de ce qui fait la renommée du « bébé », un front de glace énorme se jetant dans un lac, une hauteur approchant les 55m et le fait qu’on soit à peine à quelques centaines de mètres du monstre.

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Une sensation impressionnante et facilement accessible par un réseau de passerelle. Mais l’intérêt de la visite est que le glacier avance de 2 m par jour, ce qui fait qu’il craque, il y a constamment des chutes de morceaux de glaces, voire des effondrement de pans entiers de la taille d’un gros immeuble. Et plus encore que la vue, c’est avec l’ouïe qu’on en profite le plus.

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De retour sur El Calafate le soir, nous profitons du décollage de notre vol vers Buenos Aires très tardif ou très matinal selon les gens (2h30 du matin) pour se faire une parilla (barbecue) à volonté!

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Oui, ici c’est courant de manger de la viande jusqu’à ne plus en pouvoir (500g à 1kg par personne quand il s’agit d’un argentin…). Alléchés par l’agneau entier dans la vitrine an train de griller, on voit en premier des bus entiers de chinois à table, puis on remarque qu’il y a un buffet avec en autre des nouilles et du riz cantonnais, que les serveurs sont également chinois et la musique chinoise en fond… Tomber sur une parilla tenue par des chinois en pleine Patagonie, c’est original et c’est pas mal non plus.

Après la nuit la plus courte du voyage, arrivée à Buenos Aires à 5h30, quelques heures plus tard sous un grand soleil et une grosse chaleur. Le premier aperçu depuis le bus de l’aéroport est mitigé, on avait peut être trop d’attentes, à force d’entendre de la part de tout le monde que c’est une ville formidable. Mais le meilleur de la ville, au delà de son architecture très « éclectique », c’est plutôt son ambiance. Après un petit déjeuner dans la tradition locale, soit 2 medialunas (croissants) et un café au lait, on rejoint la maison où se trouve la chambre que nous avons réservée, chez David, un anglais expatrié. La maison est très bien située, dans le quartier de San Telmo, très vivant et sympa, bourré d’antiquaires. On y entre par un patio coloré avec plein de plantes vertes, la maison est décorée avec goût et la chambre très agréable, un bon plan!

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N’ayant finalement pas envie de dormir maintenant, on part vers le microcentre de la ville y voir les attractions principales: la casa rosada, la cathédrale, les différentes rues adjacentes…

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La ville est très étonnante architecturalement, absolument tous les styles existants semblent s’y cotoyer sans qu’aucun architecte ne se soit préoccupé du bâtiment d’à coté. Tout cela donne un ensemble assez dérangeant au premier abord, peu harmonieux, mais auquel on finit par s’habituer et à apprécier, l’haussmannien s’intègre finalement bien au contemporain et au bâtiment communiste!

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Une énorme pizza dans un restaurant mythique plus tard, nous reprenons un bout de promenade, puis on finit par rentrer s’écrouler un peu, fatigués quand même. Au réveil, il est l’heure d’aller explorer notre quartier et sa vie nocturne animée! Des rues avec des bars où la musique tourne à fond, une jolie place où l’on danse le tango et où on joue de la musique, un carnaval coloré et « moussant » (gare au pistolets plastifiés tenus par les enfants!!!) qui défile dans le boulevard, bref une atmosphère fort agréable. Buenos Aires est définitivement une ville à vivre et écouter plus qu’à regarder…

Un réveil fort tardif le lendemain et un bon petit déj’ plus tard, nous allons nous promener dans notre quartier de San Telmo, où se tient le dimanche une feria. Dans la rue, de nombreux artisans ont posé leurs stands, peintres, sculpteurs, breloques, antiquités, des choses plutôt réussies dans l’ensemble et pas trop de fourre tout raté comme on pourrait le craindre. Puis, sous un temps maussade, nous voilà partis à l’assaut d’un autre quartier, la recoleta, où se trouve un cimetière visiblement aussi fameux que celui du Père Lachaise. 

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Sous une fine pluie, nous découvrons des monuments funéraires très ouvragés, la folie des grandeurs post mortem. L’ensemble se veut dans la recherche de la démesure, chacun cherche à épater son prochain même après la mort! On y trouve entre autres la tombe d’Eva Peron, dite Evita, femme du président du même nom et chouchoute du peuple argentin (ou détestée, au choix). La pluie s’intensifiant et passant du stade de bruine tolérable à pluie qui mouille vraiment, nous écourtons le tour prévu dans les parcs environnants. On se réfugie brièvement dans le palais des glaces, un centre d’art et d’expositions temporaires, où nous découvrons des oeuvres plus ou moins…compréhensibles pour nous, pauvres profanes! Le lieu est en tout cas intéressant, une ancienne patinoire avec une luminosité impressionnante. Nous partons ensuite vers le retiro, quartier de Buenos Aires où l’on trouve la torre monumental, monument emblématique de la ville.

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On croise en passant de nombreuses ambassades et hôtels de luxe, dans ce quartier très « upper class », toutes situées dans des bâtiments superbes, anciennes demeures de riches familles ou petits châteaux. Après cette bonne ballade, une sieste, et on sort manger dans un café d’époque du quartier, emblématique. Et en plus d’être beau, on y mange des pâtes maisons terribles!

Envie de découvrir un coté différent de la ville le lendemain. On part tranquillement vers Puerto Madero, près de l’océan. Car oui, chose étonnante, Buenos Aires est entièrement sur l’océan, mais pas franchement tourné vers lui, on ne l’a vu que lors de notre arrivée à l’aéroport et pas recroisé depuis. Le quartier est isolé du reste de la ville par un genre de canal et est très résidentiel.

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De grandes tours aux architectures originales, des allées pour courir, des sculptures disséminées ici et là, des restos chics le long du quai, ici l’argent n’est visiblement pas un problème.

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Nous ne verrons toujours pas l’océan, car il est en fait séparé du quartier « habité » par une zone appelée costanera sur, à la base simple remblais des résidus de construction, mais transformée en réserve biologique au vu de la faune et de la flore qui s’y sont développés! L’endroit est en tout cas agréable à la promenade, avec de beaux bateaux anciens ancrés non loin du puente de la mujer (le pont de la femme ou un pénis géant selon Séb).

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Un dernier tour dans la ville pour aller voir le congrès, édifice monumental, entouré comme la Casa Rosada de banderoles de protestations diverses et variées. A Buenos aires, ça revendique!

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Le soir, on décide qu’il est grand temps de célébrer la fin du chapitre « américain ». Alors direction le centre culturel de la ville pour assister à une danse indissociable de la capitale, le tango. Le spectacle est magnifique, peu de monde pour y assister, c’est étonnant vu que c’est un des seuls proposés à un prix abordable. Les gens cherchent plutôt le tango version « show », avec le dîner spectacle qui va avec, mais totalement hors budget et kitch à notre goût. Nous ne somme pas là pour nous faire la version argentine du Moulin rouge… Le spectacle alterne entre performances des danseurs sur musique d’orchestre, traditionnelle ou plus moderne, des solos exécutés avec brio par un chanteur à la voix de stentor et des musiciens maitrisant leur instrument sur le bout des doigts. Y jouent un pianiste (qui joue de façon peu académique mais fort plaisante), un contrebassiste et un accordéoniste (différent du notre, plus long et moins large). Les émotions sont très marquées sur les visages pendant les différentes danses, très variées selon les rythmes musicaux, les partenaires sont totalement en phase et semblent passionnés par leur art. Les porters sont incroyables et la maitrise de la danse impressionnante. Des étoiles dans les yeux en sortant, nous conclurons cette soirée par une portion gargantuesque de boeuf (450g, une misère pour un porteno digne de ce nom!), d’une saveur et d’une tendresse incroyable, arrosé d’un Syrah très honorable. Ils sont fort ces argentin. Puis on refera le monde avec notre voisin de table, suédois, jusqu’à plus d’une heure du mat’, mais ça, c’est une autre histoire!

Lendemain, décollage vers le prochain continent…

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Les 4 saisons de la Patagonie (pas de Vivaldi!)

Après la découverte des splendides Torres del Paine, nous voilà repartis le lendemain direction l’Argentine vers un autre parc national Los Glaciares.
Un passage de frontière express (incroyable, une heure, ça change de nos habitudes!), une longue route non goudronnée jusqu’à El Calafate et un autre bus plus tard, nous voici à El Chalten.
Le village annonce la couleur tout de suite avec son panneau d’entrée « capitale nationale du trekking » avec en fond le Cerro Torre et le Fitz Roy, deux montagnes emblématiques du pays. On s’installe dans un sympathique camping au fond du village, bonne ambiance, une belle salle commune avec sa cuisine pour rencontrer les gens et un panorama fort appréciable pour s’endormir.

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On consacre notre première journée à nous renseigner pour l’organisation de nos projets futurs, une randonnée recommandée par Flo et Julien comme étant  » la pluuussssss belle de toutes les randos », la Vuelta Huemul (oui, par contre, elle ne s’appelait pas le Paso del viento, ça c’est le nom du col…). Les gardes sont très précautionneux concernant cette sortie, on doit passer s’enregistrer à leur bureau avant le départ et leur montrer qu’on a bien tout le matériel nécessaire: la carte (jusque là, ça va), nos certificats d’assurance (ça promet…), les baudriers et les mousquetons (pas possible de traverser une des rivières à pied faute de courant trop fort, donc tyrolienne obligatoire), une corde de 20 mètres (on reviendra sur l’utilité de la fameuse corde en question). Sinon, et bien, on ne peut pas partir! Bon, ça nécessite un peu plus d’organisation que prévu, mais rien qui nous semble insurmontable. C’est sans compter sur le paramètre « arriver à louer un baudrier et surtout un mousqueton ». Et oui, dans une ville disposant de pas moins de 5 boutiques de location, se disant capitale du trekking/escalade/alpinisme, ça nous aura pris…5 boutiques pour en trouver! Départ prévu le lendemain, la météo semblant en notre faveur. Séb en profitera pour grimper sur cette belle fin de journée sur les blocs à 5 minutes à pied de la ville (plus accessible, c’est difficile) et Delphine pour faire du yoga (un nouveau hobby?)

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L’ouverture de la tente au réveil le lendemain nous réserve la mauvaise surprise d’un ciel chargé de nuages de plomb, très bas. Rapide discussion sur la situation: on va attendre qu’il fasse plus beau pour partir, le premier jour permettant d’accéder à un mirador, il serait dommage de ne pas pouvoir en profiter. La Patagonie va ensuite nous sortir son grand classique, le revirement de météo en deux temps, trois mouvements. A midi, il ferait un grand ciel bleu avec à peine quelques nuages et un soleil resplendissant. Échec. On part du coup sur une randonnée très populaire à la journée permettant d’accéder au pied du Cerro Torre, au lac du même nom. Le chemin est très plaisant, le ciel se dégage de plus en plus et le panorama promet.

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L’arrivée à la laguna Torre est magnifique, la vue depuis le mirador Maestri tout près du glacier l’est encore plus. Le Cerro Torre est vraiment impressionnant d’aussi près… Une bien belle sortie que cette randonnée, sous un soleil inespéré!

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La boucle de 4 jours reportée au lendemain devra l’être d’encore un jour de plus (heureusement qu’on avait prévu du temps sur place), la météo prévoyant un vent de folie le jour où on devrait passer le col du vent, ce qui n’est pas forcément une excellente idée donc… Ce sera journée repos et escalade, sous un beau soleil, mais avec un vent en rafales fatiguant toute la journée, on imagine ce que ça doit être là haut.

Le jour du départ donc, est un enchainement de « décidément, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas! ». Galère pour retrouver baudriers et mousquetons à louer, le temps est encore plus moche que le jour du départ initial et menaçant en pluie, les gardes veulent absolument qu’on ait au moins un bout de corde/ficelle de 20 mètres pour la « sécurité », Séb fera donc un aller-retour au camping à l’autre bout du village pour ramener notre corde à linge… Tout ça pour finalement partir à…midi et sous une fine pluie! Grise mine.

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On fera la première étape sans l’option mirador du coup, la vue en hauteur étant complètement bouchée et sans intérêt. Les paysages traversés sont malgré la météo très intéressant, avec des vues sur l’immense lac Viedma et sur le rio Tunel en provenance des glaciers vers lesquels nous nous dirigeons, dans une bruyère qui tend vers les tons rouges orangés.

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On pose la tente au premier camping sans encombre, le chemin et bien emprunté et donc bien repérable sur cette étape jusqu’au lago Toro. Il souffle en revanche un vent de tous les diables en provenance du col sur le lac, la pose photo est rapide! Le camping est sommaire, mais on y rencontre un couple franco-allemand et une française très sympas avec qui nous partagerons cette fin de journée.

Le lendemain, grosse étape en prévision (et encore, on n’a pas fait la boucle en 3 jours comme ces fous furieux de Flo et Julien :-p) avec passage du Paso del viento. Les choses se corsent dès le début, grâce à des farceurs qui mettent des cairns où il ne faut pas. On s’embringue donc dans un chemin qui nous mène à la petite laguna Turquesa au dessus du lago Toro, mais pas du tout à la tyrolienne pour traverser la rivière comme on le voudrait. On finit par redescendre et se rendre compte qu’elle a été fixée au tout début de la rivière, dans un virage, bref, si ils avaient voulu qu’on la loupe, ils n’auraient pas fait mieux! Petite montée d’adrénaline en passant au dessus de la rivière bouillonnante, mais passage sans encombre. Petite remarque sur la fameuse corde que nous étions obligés de prendre (la corde à linge dans notre cas!): elle est censée servir à ramener la poulie si celle-ci est du mauvais coté de la rivière. Oui, oui, oui, mais pour ça il faudrait d’abord traverser la rivière pour y accrocher la corde…Et il y a des cordes fixes installées sur place… La logique argentine???

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On a perdu un peu de temps avec ces histoires, mais tant pis, on attaque la montée vers le col, en alternant passage dans la moraine (bouh, c’est pas bien, on aurait du écouter tes indications plus attentivement Flo!) et marche sur le glacier « caillouteux » (rigolo, mais ça glisse un peu quand même…). De toute façon, le chemin, quand il y en a un, est très peu marqué, il faut juste globalement suivre la direction du col au loin et croiser les doigts pour que ça passe!

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Certains passages sont galères dans les pierriers, on glisse, on dérape, la pente grimpe très fort. Mais on arrive en haut, en ayant eu des panoramas superbe sur le glacier longé tout du long, avec ses séracs bleutés et ses rivières turquoises. Les pics alentours sont comme givrés par la neige tombée la veille, la vue est splendide et improbable, jamais la neige ne pourrait tenir de cette façon sur la roche en France.

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C’est sous un vent terrible et un grand soleil que nous découvrons une vue à couper le souffle depuis le bien-nommé col du vent. D’un coté, le glacier donnant naissance au rio Tunel, au lago Toro et à sa rivière se prolongeant dans la vallée de la veille et de l’autre…un champ de glace incroyable. Du jamais vu. Notre Antarctique à nous. Le champ de glace continental patagonien et les glaciers qui l’alimentent sous une légère « chantilly » de nuages et un soleil qui fait étinceler la glace. On en perd nos mots.

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La descente de l’autre coté du col se fait sur un pseudo chemin que nous perdons rapidement, nous décidons donc de faire ce que nous allons finalement réaliser quasiment tout le reste de la rando, du tout terrain! Un point en ligne de mire, et on avance tout droit. Le terrain n’est plutôt pas trop mal de ce coté, de la grosse mousse épaisse (mais qui pique!) et un genre de bruyère basse. On arrive en vue du lago del Refugio, (le bien nommé aussi), censé être proche du refuge en question. On maudit la carte que ce coup là, elle plaçait le refuge (en fait 3 planches de tôle pour s’abriter manger) sur le chemin avant le lac, on perd donc encore du temps à remonter le chemin en se disant qu’on l’a loupé, pour se rendre compte qu’il est…au bord du lac. Bien joué. On retrouve pour le soir notre couple franco allemand qui réalise la même randonnée que nous, ainsi que 2 israéliens qui arriveront un peu plus tard. Et ça ne sera en fait que nous six sur cette belle boucle.

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On était prévenus que la portion du lendemain était bien propice pour se perdre, on est donc bien vigilants et on arrive à quasiment toujours trouver un tracé correct pour atteindre le second col, le paso Huemul.

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La vue depuis ce col sur le champ de glace est également splendide, et le temps est avec nous, du soleil et moins de vent. La descente sur l’autre versant, direction le lac du glacier Viedma, est en revanche atroce. Une pente terrible, un terrain horriblement glissant, un gros coup de chaud pour nous deux avec la perte d’altitude et la disparition du vent, bref, on est contents d’arriver en bas, les jambes bien cassées.

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Étant donné qu’il est conseillé de passer la rivière du lendemain le plus tôt possible et qu’on a largement le temps, on laisse le premier camping croisé de coté pour avancer vers un refuge noté plus loin sur la carte. On le cherchera une heure, on ne le trouvera jamais…Un garde du parc nous dira au retour qu’il est impossible à trouver, car très vieux et délabré, et surtout, planqué dans un bout de forêt. Super. Ça aurait été encore mieux qu’on le sache avant… On finit donc par poser la tente sur un coin de terrain qui nous semble assez abrité du vent, le long d’une anse du magnifique lac turquoise avec vue sur le glacier Viedma splendide en fond.

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On est un peu fatigués, les jambes cassées par la descente et éprouvés par le coup de chaud qu’on a pris, on ne traine donc pas pour se poser un peu.Tout ça est très beau, mais se révèle finalement une fort mauvaise décision. Le vent, qui a plutôt tendance à se calmer en fin de journée d’habitude, décide que aujourd’hui, non, il n’est pas d’humeur. On passe une nuit terrible sous des bourrasques, même des « paquets » de vent en rafales hallucinants, la tente se couche sur nous plusieurs fois malgré la position abritée et est remplie de terre à force de nous souffler tout le sol dessus latéralement. Si on arrive à fermer l’œil deux heures, c’est pas mal…

On part très tôt pour la dernière étape, pliage du camp à 7 heures tapantes, histoire de traverser la rivière finale sans encombre.

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Les encombres commencent en fait dès le départ. Le tranquille petit cours d’eau qui alimente l’anse du lac à coté de laquelle nous avons dormi s’est transformé en une belle rivière boueuse. Après quelques sauts (plus ou moins réussis, c’est selon) et des chaussures plus ou moins mouillées, on est passé. Commence alors une longue, longue traversée hors sentier. Pas de chemin sur cette étape, un cap à tenir (en espérant que ce soit le bon, vu la précision des cartes déjà expérimentée) et on part tout droit. Enfin, on essaie. Parce qu’il n’y a pas que la météo qui n’est pas franchement accueillante en Patagonie, il y a la nature aussi. Ce qui ressemble au loin à de gentilles étendues de pelouse verte sont soit des énormes « buissons qui piquent » soit des gros marécages boueux. Alors, entre la peste et le choléra,on essaie de limiter les dégâts. Il y a bien sur aussi des genres de petites forêts qui s’avèrent en fait totalement impénétrables au vue de la densité de branches si nous souhaitons conserver l’usage de nos yeux et autres. Entre tout ça, nous finissons par garder le cap, passer par le bon endroit et rejoindre le dernier canyon à descendre presque entiers. Juste en étant tombés (plus ou moins) dans les marais et en étant (pas de jaloux) bien écorchés et égratinés.  Dans tout ça, quand même, il faut surtout retenir le lever de soleil superbe sur le lac et son glacier, ainsi que sur le massif Huemul que nous contournons toute la journée, et les vues incroyables au fur et à mesure de la matinée (ici sur le Fitz Roy).

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En redescendant de l’autre coté, petit moment d’angoisse en voyant la rivière à traverser (toujours le fameux Rio Tunel, mais à son embouchure cette fois) qui nous semble énorme.
Pas le choix, alors on s’y dirige, en traversant à flanc de montagne coté lac, direction une énorme estancia située le long du rio.

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On choisit de traverser à l’endroit du delta de la rivière qui nous semble le moins profond et c’est parti. Séb et son amour de l’eau froide sont à leur paroxysme, avec de belles crampes au milieu de la traversée des bras les plus larges (on est pas loin du caleçon quand même!). L’eau est glaciaire, c’est le moins qu’on puisse dire, et seule sa couleur bleue rappelle à ce moment là un lagon… Mais bon, on est arrivés de l’autre coté, on a même pas laissé tomber les sacs, on est même pas tombés dans l’eau malgré un courant impressionnant qu’on a d’abord cru qu’on y arriverait pas. La fin de l’étape traverse les grandes étendues clôturées des estancias , avec de nouveau du gros vent, on est nases et pressés d’arriver, mais il nous faudra encore deux bonnes heures pour rejoindre l’Office des gardes du parc pour leur dire que c’est bon, on a bien survécu! La vue sur le Fitz Roy depuis les hauteurs d‘El Chalten avant l’arrivée au village finit en beauté cette magnifique randonnée.

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Rincés, tout se qu’on a à dire, c’est merci à Flo et Ju de nous l’avoir conseillé, et respect pour l’avoir fait en 3 jours, vous avez pas du vous ennuyer!

Quebradas y vinos

Changement de décor après le retour de ce superbe tour de 4 jours, direction l’Argentine le lendemain matin. Passage de frontière moins pénible qu’entre Pérou et Bolivie, mais sous un soleil de plomb, on sent venir le Sud! Les petites anecdotes rigolottes: à Villazon (frontière coté bolivien) retrouvailles avec des fruits disparus de notre régime alimentaire (mmmh le jus de pamplemousse frais…), au passage en Argentine on te scanne tes bagages dans une camionnette (!), à la Quiaca (frontière coté argentin) les empanadas commencent à avoir vraiment du goût!
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Le bus que nous prenons nous emmène au début de la quebrada Humahuaca, dans le village du même nom, dans lequel nous avons décidé de dormir. Changement d’ambiance total, c’est assez perturbant. Il y a des mochileros argentins partout (=jeunes voyageurs en sac à dos), ça grouille! Et oui, on tombe en plein pendant leurs vacances d’été, et visiblement ici, les vacances, c’est chacun avec son matériel de camping, sa guitare et c’est parti. Contraste total avec les pays précédents où on avait été plus tranquilles globalement, et surtout avec une majorité de touristes étrangers (totalement noyés dans la masse argentine ici). Comment reconnaitre un argentin à coup sur lors d’un voyage? Il ne se sépare jamais de son mate et de son thermos. Une vraie religion ici, c’est assez incroyable! Il fait chaud à présent, un air de Dolce Vita flotte dans Humahuaca, où les jeunes touristes flannent entre maisons colorées et églises blanchies, le tout dans un environnement assez spectaculaire de quebradas multicolores.
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Seul ombre au tableau: une turista terrible qui me fait passer une des pires nuits depuis le début, un cadeau de départ de la Bolivie dont je me serais bien passée…
La journée du lendemain se fait un peu au ralenti du coup. On oublie la randonnée de quelques heures prévue à Tilcara, autre village plus bas dans la quebrada. Notre passage y est tout de même fort agréable, avec un village entourée de montagnes renversées, rouges, violettes, vertes, un festival. L’exploration d’un site de ruines (sans intérêt car reconstruit au 20ème siècle dans un goût douteux) offre un superbe panorama sur les alentours. Les cactus (ici appelés cardons) y sont…surdimensionnés! Et multi-réutilisés dans l’artisanat local.
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Nous repartons ensuite pour quelques heures de bus direction la capitale du Nord du pays, Salta. Le trajet continue le long de la quebrada de Humahuaca, qui rendrait jalouse n’importe quelle palette de peintre…
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Salta offre dès l’arrivée un visage paisible et appelle à profiter du temps ici. Y flotte une douceur de vivre ambiante… La nuit à Huamahuaca ayant été fort spartiate (mélange de pinceaux sur les conversions pesos/dollars/euros, stress sur les prix du logement argentin et finalement nuit qui coûte rien mais on a vu pourquoi!), on se fait plus plaisir à Salta. La chambre d’hôte où nous sommes est adorable, calme et le propriétaire très sympathique. Une petite ballade dans la ville le soir donnera à Séb envie d’en découvrir plus le lendemain. La ville disposant d’un téléphérique (Suisse, quelle honte! Même pas un Poma!), nous nous y rendons le matin pour découvrir la vue sur Salta. Bon, la turista continue ses ravages, je circule à la vitesse d’une mamie en déambulateur, du coup la visite n’est pas bien longue en distance, mais s’étire dans le temps… Trop HS l’après midi pour ressortir, c’est sieste, tri de photos, mise à jour du blog et planification des prochains jous. Regain d’énergie en fin de journée, on part voir la place centrale entourée de beaux bâtiments coloniaux, de musées, de cathédrale, quand…il se met à tomber des trombes d’eau. Mais vraiment des trombes d’eau, genre à ne pas mettre un pied dehors. 1h30 coincés dans une cathédrale, c’est un peu long quand même.

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Du coup, on finit par piquer un sprint jusqu’au musée d’altitude de la ville. L’attraction principale: des enfants incas momifiés découverts il y a une cinquantaine d’années à plus de 6000m d’altitude dans des tombes parfaitement conservées. Assez incroyable, mais assez glauque aussi. La jeune fille de 6 ans exposée lors de notre passage (les enfants sont changés régulièrement pour des raisons de conservation) semble être passée à trépas il y a quelques jours, dans ses habits et coiffure d’apparat… Étrange impression pour ma part, que penser du bienfondé d’exposer ainsi des cadavres de plus de 500 ans de jeunes enfants. Séb, lui, est fasciné par l’état de conservation des corps. Le reste du musée est extrêmement intéressant, avec beaucoup d’explications sur cette découverte, les montagnes sacrées incas de l’empire, les rites associés aux cérémonies, les parures utilisées… On se fait halpaguer à la sortie par les « changeurs de monnaie », qui, avec le système du blue dollar argentin (un taux de change totalement décorélé du réel entre les banques et la rue), arrivent à se faire pas mal d’argent sous le nez de la police, qui tolère totalement ce système, c’est assez hallucinant.  On finit notre petit tour de la ville au marché (youhou, ils ont du fromage qui ressemble à du fromage!) et retour à l’hôtel pour une orgie d’empanadas (enfin pour Séb, j’ai droit à du riz et des carottes, le pied).
Le lendemain démarre un peu de façon chaotique. Impossible de remettre la main sur une des cartes photos que nous avons trié hier, c’est incompréhensible. Même le proprio de l’hôtel s’y met, on retourne tout, mais non, rien de rien. Dégoutés, adieu photos du Pérou, Sorata et du Sud Lipez. Parce que forcément, c’était la carte qu’on avait pas fini de sauvegarder. C’est donc en faisant grise mine et sous une pluie diluvienne que nous quittons Salta, après avoir attendu un bus pour Cafayate un bon bout de temps. 4 heures de route et de belles quebradas plus tard, nous voici sous le soleil de Cafayate où nous trouvons une jolie pension. Vue l’heure bien avancée, l’option qui s’offre à nous est…d’aller visiter une bodega! En même temps, c’est la spécialité du coin, le vin, spécialement d’altitude (on est à plus de 1000m). On oriente notre choix sur une exploitation assez centrale et ancienne de la ville, qui fait du vin bio. Ici, les visites sont assez différentes d’en France. Souvent, les tours sont payants, tout du moins les dégustations. La visite se fait au pas de course, avec un débit d’information à la seconde impressionnant (rentabilité quand tu nous tiens), suivie d’une dégustation si l’on souhaite. Le calcul est vite fait, la dégust’ pour deux coûte aussi cher qu’une de leur bouteille de vin, sachant qu’en plus le choix de bouteilles à gouter est imposé et uniquement parmi les vins « jeunes ». On repartira plutôt avec une bouteille de Torrontes (le cépage argentin blanc du coin) vendange tardive pour la boire tranquillement à l’hôtel.

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Ce vin nous fera penser à un bon vieux 1ères grives de Tariquet, bref pas mauvais pour son prix dérisoire, mais pas de grande révélation non plus. On poursuivra la soirée à la Casa de las empanadas sous un fond musical très agréable, et une bonne glace (au vin!) derrière.
A l’attaque de la Quebrada de Cafayate le lendemain, on part découvrir de belles formations géologiques, toujours aussi impressionnantes en couleur.

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La garganta del diablo, creusée dans la roche par l’eau dans d’autres temps,

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L’anfiteatro où l’accoustique est fantastique (on aura droit à une interprétation live de Piaf par une autre française!),

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et le « Sapo » (le crapaud bien nommé!), tranquillement posé dans la vallée.

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Arrivés en bus sur le premier site, nous rentrerons sur la ville en partie à pied, puis en stop avec deux argentins et un allemand en vacances, super sympas.

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Une bonne expérience. Pour fêter ça, on part faire une 1ère bodega « El Porvenir« . Échec, fermé jusqu’à 16h…On repartira juste avec une bouteille de Malbec. Du coup, direction la plus petite des bodegas de Cafayate, une très bonne idée. Le gars qui nous reçoit, après quelques paroles en espagnol pour briser la glace, se déride, et on fait une super dégustation. On ne paie même pas (ce qui est exceptionnel ici), les vins sont top. Une bonne discussion sur les différences entre vins français et argentins, aussi bien dans la « philosophie » du vin que dans ses finanaces, nous apprend qu’ici les productions sont astronomiqes en nombre de bouteilles. Lui, plus petit producteur du coin, produit 7000 bouteilles à l’année, 3 types de Malbec et un Torrontes. La plus grande bodega du coin, elle, produit 5 millions de son blanc doux et sucré qui plait beaucoup…Une autre dimension. On repart avec une bouteille de Malbec et une de Torrontes (sans étiquette, comme il nous a proposé, c’est moins cher et c’est pareil!). Les vins sont à des prix dérisoires pour une qualité franchement honorables, alors, autant en profiter… On ramènera les bouteilles au Chili pour les partager avec les copains prévus dans quelques jours. Grand moment de loose dans l’après midi, on devait prendre le bus pour Tucuman , pour enchaîner sur un bus de nuit pour Mendoza. Suite à de mauvaises informations fournies à Salta, en fait ce qu’on pensait être un trajet de 2 heures se révèle être en fait de 5 heures 1/2, et la connexion donc impossible… Heureusement, Cafayate est une ville accueillante, on y dormira une nuit de plus pour en repartir le lendemain. Le trajet…long… 3 heures de retard du bus, qui au lieu de nous faire arriver à 9h30, nous débarque à 12h30. C’est fichu pour le tour en vélo des vignes prévu à l’origine. Mendoza, sous une chaleur écrasante, un Dimanche de grandes vacances, est déserte.

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Sensation d’une ville fantôme, au ralenti. Après un tour pour voir les quelques batiments de la ville, pas grand chose de mémorable, nous allons nous poser au parc, où ceux qui ont été punis à rester ici pour les vacances semblent s’être donnés rendez vous.
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On y trouve un peu de fraicheur sous les arbres et le long des espaces d’eau. Le soir, ce sera l’occasion d’enfin tester pour Séb le fameux « Bife de chorizo« , le steack argentin. Et bien, il faut avoir faim… Une demi côte de boeuf à avaler seul, il faut y aller par 30°! Mais le challenge est réussi. Rapide nuit dans un hostel quelconque et stéréotypé, et nous partons rejoindre Audrey et Cédric coté Chilien avec 8 heures de bus en prévision. Bon, ça sera plus long, bloqués 5 heures à la frontière au milieu de nulle part, dans de superbes montagnes que nous aurons bien le temps d’observer. Et finalement, Valparaiso, à 22 heures au lieu de 17h30… Comment ça on a la poisse avec les transports en ce moment?!