A la capitale (de Sibérie…)

De Krasnoïarsk, on attaque notre plus long trajet en train du voyage, 30 heures de train, puis 3 heures supplémentaires après 2 heures d’attente à Tioumen et changement de train  pour Tobolsk, un peu à l’écart de la ligne principale.

Marinsk

Une des gares sur le chemin, où l’on s’arrête 30 min. On ne s’étonne pas pourquoi on met si longtemps après…

Le trajet est beaucoup moins rigolo que la dernière fois, car on se retrouve cette fois-ci face à une vraie bigote orthodoxe, qui nous permettra d’observer quelques uns des rites qui semblent propres à cette religion, et ça a l’air compliqué, vu le nombre de fois où il faut mettre un foulard sur sa tête, l’enlever, le remettre, se signer, dire des prières… Enfin, ça occupe les heures de train!

Tobolsk

Pendant ce temps à l’extérieur

Tobolsk

Elle en profite même pour nous conseiller les églises (forcément) à aller visiter en Russie, où trouver la meilleure eau bénite à coté de Moscou (celle qui guérit tout) et dans quelle boutique de paroisse faire ses emplettes pour ramener des cadeaux pour la famille…Avec tout ça, c’est bien fatigués et désorientés qu’on arrive à Tobolsk, l’ancienne capitale de la Sibérie. Il fait nuit, la gare en travaux est très… soviétique et nous sommes bien perturbés par le décalage horaire. C’est la première fois que l’on franchit 2 fuseaux horaires en transport terrestre, c’est assez déroutant. Gros mic-mac pour réussir à rejoindre l’auberge en bus, puisqu’une fois n’est pas coutume, elle est à 10 km du centre, mais on s’en sort grâce à la gentillesse d’une dame. Elle nous aidera à prendre le bon bus après s’être faits déposer par le premier au milieu d’un « nulle part » de la ville nouvelle, des étoiles s’allumant dans ses yeux pendant notre conversation lorsqu’elle apprend que nous venons de France, son rêve. Notre « mini-hostel » est proche de la vieille ville juste ce qu’il faut, et en pleine saison touristique, est totalement…vide. Les propriétaires, russo-kazak, sont fort sympathiques et on a presque de la peine pour eux que leurs lits soient à ce point désertés, l’endroit étant très propre et confortable.

Le lendemain, direction le Kremlin de Tobolsk, la raison pour laquelle on s’est écartée de la ligne principale.

Tobolsk

Tobolsk

Le site est grandiose, c’est tout simplement le plus beau monument qu’on ait vu en Russie. Il domine la vieille ville et le fleuve sur un plateau, la vue est donc superbe sur les alentours. Le site est assez grand pour le pays, le Kremlin, tout en pierre couverte d’un peinture blanche immaculée , a conservé ses fortifications et abrite deux églises aux dômes dorés et bleus étincelants, un beffroi et de grandes bâtisses.

Tobolsk

Y sont juxtaposés une ancienne galerie marchande qui a repris aujourd’hui une activité plus tournée vers le tourisme, le palais des députés et un complexe comprenant une bibliothèque et une prison.

Tobolsk

La galerie marchande

Le palais des députés abrite un musée intéressant racontant l’histoire de la Sibérie et le rôle de la ville de Tobolsk dans sa conquête. On y apprend surtout que les personnages principaux sont des exilés forcés et ce depuis fort longtemps, il n’a pas fallu attendre la période soviétique pour ça. Difficile d’imaginer la Sibérie comme l’enfer qui est décrit par ses habitants involontaires quand on la découvre comme nous en plein mois de Juillet, sous un beau ciel bleu ensoleillé. Dostoïevski et les Romanov, contraints à l’exil ici, n’ont certainement pas été du même avis que nous…

Tobolsk

Un illustre exilé bien involontaire, Dostoïevski

Ce sont tous ces émissaires de Moscou, gouverneurs et autres personnages haut placés qui ont pris le relais des premiers cosaques partis à l’aventure dans ces contrées inexplorées et ont réussi après d’énormes efforts humains et matériels à rendre cette partie du monde accessible et habitable. Tobolsk s’est par la suite tranquillement endormi sur ses lauriers au profit d’autres villes sur le tracé de la voie de chemin de fer, perdant progressivement son influence et gardant son aspect ancien préservé tel que nous le découvrons aujourd’hui.

Tobolsk

On est ensuite redescendus vers la vieille vieille pour aller de voir de près les bâtiments aperçus depuis le chemin de ronde. Malgré quelques belles églises, orthodoxes et catholiques, on devrait plutôt parler de ville abandonnée…

Tobolsk 

Vue sur la vieille ville depuis le Kremlin

De nombreuses bâtisses anciennes, en bois ou en pierres sont effectivement à l’abandon, mais non détruites, car classées monument historique.

Tobolsk

On y trouve par exemple la maison ayant accueilli les Romanov en exil, l’ancienne somptueuse demeure de Mendeleïev, mais si, rappelez vous, celui qui a fait la classification périodique que nous appréciions tant en cours de chimie…

Tobolsk

L’ancienne demeure de Mendéleiev dans la vieille ville

Tobolsk

La nouvelle…dans la ville nouvelle!

Et bien il est natif d’ici! Peu de gens semblent vivre actuellement ici, ayant délaissé cette partie de la ville au profit des bâtiments plus modernes de la ville nouvelle. La visite de cet endroit est donc un peu étrange, on a le sentiment que la ville a été laissé en plan à un moment donné de l’histoire et que plus personne ne s’en est occupé, préférant rebâtir une ville plus moderne à coté.

Tobolsk

On méditera sur ces propos à la terrasse d’un café, profitant de l’agréable soleil, notre mini-hostel ayant pour principal défaut de n’avoir quasiment aucune fenêtre (mesure contre le froid de l’hiver prédominant sur le besoin de lumière). Et puis on rentre, Tobolsk c’est joli, mais par contre, il n’y a vraiment rien à faire dans cette ville, mieux vaut ne pas trop avoir une âme de citadin pour vivre ici!

Le lendemain, direction Abalak, ville connue pour son monastère située à une demi heure de route. Le site est très similaire, à flanc de falaise, surplombant le fleuve.

Abalak

Abalak

Il s’agit de plusieurs églises une fois de plus blanches à clochers dorés et bleus, et bâtiments où vivent les moines et ceux qu’ils accueillent. Ceux-ci déambulent au milieu en habit long et noir, portant la barbe très longue et de grands chapeaux noirs sur leurs cheveux longs. L’endroit ne manque pas de cachet, dans son village en bois entouré à perte de vue de foret épaisse et vue dégagée sur les alentours. L’intérieur des églises est richement décoré, avec de belles fresques multicolores peintes au murs, de nombreuses icônes anciennes exposées, le tout illuminé par d’énormes lustres dorés.

Abalak

Abalak

Les personnes qui viennent prier pendant notre passage observent toutes scrupuleusement le même rite: elles se signent sur le parvis de l’église, dedans, devant les icônes, les embrassent, les femmes devant toutes porter foulard et jupe pour rentrer dans les lieux saints. On se demande par la même occasion comment se célèbrent les « messes » orthodoxes (s’il y en a?), l’organisation des églises semblant peu propices aux célébrations de groupe, étant donné que la pièce principale n’est pas très grande et qu’il n’y a de bancs nulle part. Bref, un mystère à résoudre, mais pas pour aujourd’hui.

On reprend le bus dans le sens opposé, puis direction la gare le soir pour de nouveau un trajet de 26 heures jusqu’à Kazan, le détour valait la peine de pousser jusqu’ici!

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