Saint Trop’ sur Khovsgol

Après une bonne soirée finie tardivement en compagnie de Robert et Sacha, nous sommes réveillés de bonne heure par Nicolas et Matthieu arrivés très tôt de Moscou pour nous rejoindre sur un bout de notre périple. Ce week-end du 11-12 juillet a lieu le Naadam à Ulaanbaatar, la fête nationale et ses épreuves sportives « typiques ». La ville est déserte, car tous semblent avoir rejoint leurs familles respectives pour célébrer ces congés ou être au stade national pour la cérémonie d’ouverture des jeux. Mais on croise en revanche un nombre important de touristes « blancs » s’arrêtant pour l’événement sur le trajet Moscou – Pékin ou de passage avant leur tour dans la nature mongole.
Au niveau de notre petit groupe, la fatigue est au rendez vous, et après un petit déjeuner et un tour rapide de la ville, nous nous contenterons d’une sieste sur les canapés de la guesthouse devant les épreuves diffusée à la télé, avant de rejoindre Joël qui nous emmènera au bus de nuit, direction le lac de Khovsgol. 16h dans un bus totalement inconfortable, lumières allumées intempestivement sans motif à n’importe quelle heure, pauses pipi improbables au milieu de la steppe avec rappel au klaxon, notre pire trajet du voyage! Et il faut que ce soit avec Matthieu et Nicolas, dommage pour eux, mais au moins ils sont tout de suite dans le bain.

Une fois arrivés à bon port, dans la délicieuse bourgade de Moron (chaleureuse et accueillante pourraient être ses meilleures qualificatifs, ou pas…), notre guide, chef de famille de nos hôtes, nous récupère pour rejoindre Khatgal, où l’on s’installe dans la yourte tout confort, et sieste bienvenue après une nuit difficile. Au réveil, notre hôte nous amène au Naadam de la ville, dont nous verrons les finales de la lutte et la remise des prix des courses de chevaux.

Les bannières mongoles, appelées « tugh »

La pluie décide malheureusement de se mettre de la partie et nous fait quitter un peu précipitamment les lieux. Fort heureusement, nous avons à notre disposition la yourte de luxe, couvertures léopard et poêle à bois inclus! Nous attaquons donc l’une des nombreuses sessions « coinche » de cette semaine, allongés à la romaine (position préférée de notre tsar Nicolas III) ou sur nos petits tabourets.

Ne disposant pas d’interprète, la situation dans la soirée devient assez cocasse. Nous nous retrouvons invités pour dîner dans la maison en bois qui jouxte nos yourtes, mais pas par la famille de notre guide… Bon, la situation n’est à ce jour toujours pas très claire, mais il semblerait que logeaient dans cette maison une des cuisinières de l’agence Wind of Mongolia, son fils, son oncle et ses 3 filles. Un joyeux bazar, on vous dit. Tous fiers de nous, on arrive avec paquets de bonbons pour les enfants et vodka pour les plus grands, comme il est d’usage, et nous voilà pris à notre propre piège… La bouteille de vodka est aussitôt ouverte pour arroser les spaghettis bolognaise locaux (soit au mouton) et disparaît aussi bien dans nos verres que dans ceux de nos hôtes en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Les choses ne s’arrêtent pas là, la brave famille mongole ne souhaitant pas être en reste (et célébrant probablement ses propres vacances) nous ouvre maintenant une bouteille de cognac russe! Le tout autour d’une conversation anglo-franco-russo-mongole, où l’on apprend que l’oncle est un médecin ayant appris sa discipline dans des bouquins russes et ayant servi au Soudan. Comme quoi, on arrive à en dire des choses avec 3 mots dans chaque langue! Enfin, une bonne soirée bien arrosée pour démarrer le séjour de nos deux compatriotes, histoire de se remettre du décalage horaire et des 16 heures de bus de façon optimale.

Pas de chance, le lendemain, la pluie  s’est transformée en déluge… Notre guide (que nous nommerons Bernardo par la suite, n’ayant jamais réussi à prononcer son nom mongol correctement) montre une certaine mine dépitée et propose un plan de secours: remplacer les 3 jours en itinérant initiaux avec cheval de bât par 2 jours (en espérant que la pluie se calmera) et faire simplement une petite boucle cet après-midi. On est pas si mal autour du poêle à jouer aux cartes, la solution nous semble donc correcte.

Dehors, c’est un peu la version mongole de la pataugeoire géante, les voitures s’embourbent dans des tranchées boueuses (ça fait beaucoup rire Bernardo), ça pousse, ça tire, ça crie et tout ça, toujours sous la pluie. Les conditions se calment enfin à mi-chemin de notre boucle, où nous découvrons le lac sous un ciel de plomb, mais sans gouttes.

La fine équipe avec en guest star « Bernardo » (Yaagana en réalité)

Surprise, nous voici au St-Tropez mongol! Il semblerait que toute la population du pays se soit donnée rendez-vous le long de la rive, dans des yourtes qui n’ont plus grand chose de traditionnel ou sous des tentes qui prennent l’eau. Le Khovsgol en pleines vacances nationales, c’est un peu la côte d’Azur sans les feux d’artifice et le soleil quoi, mais avec la boue et la pluie. On longe la rive en se disant qu’on est pas mal au fond du village, vu le bazar qui règne ici et l’ambiance « spéciale ». De vieilles ruines parsèment en effet le rivage,

ainsi que des bateaux soviétiques qui ont connu de meilleurs jours.

Presque St-Trop’, mais pas tout a fait quand même… La pluie décidant de revenir dans la soirée, on se console en apprenant à Bernardo qui nous observait avec curiosité le fameux jeu de carte internationalement connu, le « président-trou du cul », auquel il fait preuve d’une grande efficacité. Il semblerait qu’il n’en soit pas à son coup d’essai niveau cartes, la faute aux longues soirées d’hiver ici sans doute.

Pleins d’enthousiasme après cette soirée riche en projets divers (l’imagination débordante du tsar Nicolas III atteignant des sommets quand mixée à celle de ces comparses), nos sacs sont fin prêts pour partir le lendemain, tant pis pour la pluie! Malheureusement, c’était sans compter sur les événements aléatoires de l’organisation mongole, les chevaux censés nous accompagner en randonnée ayant tout bonnement décidé de se faire la malle. « L’orage, ras la casquette, on retourne dans nos steppes ». Bref, nous voilà à pied, avec une compréhension très vague de la situation et toujours sous l’eau. On prend alors la décision (qui s’avérera très peu judicieuse) de rentrer à Ulaanbaatar dès ce soir après avoir eu Joël au téléphone. Quelle idée avons nous eu là… Notre chauffeur nous dépose dans un bus quasi vide, sans billets, duquel le chauffeur, cette fois-ci du bus, nous fera descendre 2 heures plus tard, ayant décidé que le bus n’était finalement pas assez plein pour partir…  Nous voici donc largués sur le parking de la gare routière de la toujours « agréable » cité de Moron (si tu finis vivre ici, c’est que tu as mal agi), entourés de mongols Naadam-alcoolisés qui tentent de nous mettre dans des transports douteux à des prix qui le sont encore plus. Après moult recherches, on finit par négocier une voiture pas trop chère pour retourner à Khatgal, laissant tomber l’idée de retourner sur UB pour ce soir. Notre guide n’y comprend rien en nous voyant revenir, et se marre bien quand il finit par saisir l’histoire! Comment passer pour des « couillons » d’occidentaux quoi… Le ciel étant dégagé, on décide de partir pour une journée entière de grosse randonnée le lendemain, quitte à être revenus, et sans camping ni chevaux afin de ne pas retomber dans le même piège. En tout cas, les enfants de la famille sont ravis de nous voir revenir et font une java pas possible, pendant que nous sommes conviés sous la yourte de nos hôtes pour assister à la préparation du Khokhog, mélange de mouton et de légumes cuit aux pierres chaudes dans un chaudron. Un vrai festin, accompagné par quelques parties de cartes franco-mongoles au coin du poêle qui brûle comme un diable sous la yourte!

La chance nous sourit enfin le lendemain, le soleil est là, sur fond de beau ciel bleu! Ça tombe bien, on a 42 km à marcher (initialement prévu en 2 jours), ça sera mieux que sous la pluie. Notre guide part à un rythme de tous les diables à travers les collines, il semble que nous ayons été ambitieux sur l’étape du jour…

Le trajet de la première partie se déroule côté terre, entre épaisses forêts de résineux où l’on croise les troupeaux de yaks et grandes vallées le long de rivières asséchées.

Ce joli chemin bucolique rejoint malheureusement sur les derniers kilomètres une affreuse route poussiéreuse et bruyante qui mène à notre étape de mi-journée, un camp d’une ethnie locale vivant sous tipis avec des rennes, les Tsaatans.

Bon, c’est devenu un vrai attrape-touriste, les mongols en voiture s’arrêtent la pour se prendre en photos avec les rennes (moyennant finance bien sur), les tipis servent à vendre des souvenirs, aucun intérêt!!! On fera notre pause déjeuner un peu à l’écart, découvrant le pique-nique de luxe que Bernardo s’est porté jusque ici sans broncher malgré un bon dénivelé positif. Et puis, c’est reparti, on a encore un bout de chemin à faire! On rejoint les hauteurs du lac par des chemins de traverse en forêt et sur les collines, nous offrant des vues superbes sur celui ci.

En rejoignant la berge, surprise, quelle clarté de l’eau!

Du turquoise au bleu profond, si ce n’était la température, on se jetterait dedans. C’est un coup à malheureusement en ressortir aussi bleu que le lac… Le chemin longe ensuite la berge du lac sur plusieurs kilomètres dans une forêt magnifique, toutes ces vues superbes compensant notre déveine des premiers jours. Hélas, des ampoules ralentissent la démarche de notre bon tsar Nicolas, qui traîne la patte sur la fin de la journée, de même que Bernardo qui semble lui même fatigué de son propre rythme effréné. Ou alors est il pressé de rentrer jouer aux cartes? Il a en tout cas une technique imparable pour ne plus trop se charger: muni de sa petite tasse, il boit à chaque cours d’eau, à quoi bon la porter? Eau du lac qui sera testée et approuvée par Matthieu, qui préférera quand même mettre quelques pastilles assainissantes dedans, sait-on jamais. On est bien claqués en rentrant, mais ça en valait la peine.

Testée et approuvée

On ne trouvera pas la fameuse « yourte-disco » de Khatgal qui nous a bien esquinté les oreilles les 2 nuits précédentes, il semblerait que les vacances mongoles soient finies, pas un bruit ne troublera notre sommeil cette nuit… Nous sommes donc en pleine forme et (pas du tout) rouillés pour repartir vers Ulaanbaatar le lendemain, pour de vrai cette fois. A nous le bus de 16 heures qui te débarque à 5 heures du matin dans l’accueillant terrain vague qui sert de gare routière à UB! Chouette arrivée complétée par le squattage des bancs devant notre guesthouse le temps qu’elle ouvre (ou qu’on pense à frapper) et nous voilà enfin de retour…

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