Saint Trop’ sur Khovsgol

Après une bonne soirée finie tardivement en compagnie de Robert et Sacha, nous sommes réveillés de bonne heure par Nicolas et Matthieu arrivés très tôt de Moscou pour nous rejoindre sur un bout de notre périple. Ce week-end du 11-12 juillet a lieu le Naadam à Ulaanbaatar, la fête nationale et ses épreuves sportives « typiques ». La ville est déserte, car tous semblent avoir rejoint leurs familles respectives pour célébrer ces congés ou être au stade national pour la cérémonie d’ouverture des jeux. Mais on croise en revanche un nombre important de touristes « blancs » s’arrêtant pour l’événement sur le trajet Moscou – Pékin ou de passage avant leur tour dans la nature mongole.
Au niveau de notre petit groupe, la fatigue est au rendez vous, et après un petit déjeuner et un tour rapide de la ville, nous nous contenterons d’une sieste sur les canapés de la guesthouse devant les épreuves diffusée à la télé, avant de rejoindre Joël qui nous emmènera au bus de nuit, direction le lac de Khovsgol. 16h dans un bus totalement inconfortable, lumières allumées intempestivement sans motif à n’importe quelle heure, pauses pipi improbables au milieu de la steppe avec rappel au klaxon, notre pire trajet du voyage! Et il faut que ce soit avec Matthieu et Nicolas, dommage pour eux, mais au moins ils sont tout de suite dans le bain.

Une fois arrivés à bon port, dans la délicieuse bourgade de Moron (chaleureuse et accueillante pourraient être ses meilleures qualificatifs, ou pas…), notre guide, chef de famille de nos hôtes, nous récupère pour rejoindre Khatgal, où l’on s’installe dans la yourte tout confort, et sieste bienvenue après une nuit difficile. Au réveil, notre hôte nous amène au Naadam de la ville, dont nous verrons les finales de la lutte et la remise des prix des courses de chevaux.

Les bannières mongoles, appelées « tugh »

La pluie décide malheureusement de se mettre de la partie et nous fait quitter un peu précipitamment les lieux. Fort heureusement, nous avons à notre disposition la yourte de luxe, couvertures léopard et poêle à bois inclus! Nous attaquons donc l’une des nombreuses sessions « coinche » de cette semaine, allongés à la romaine (position préférée de notre tsar Nicolas III) ou sur nos petits tabourets.

Ne disposant pas d’interprète, la situation dans la soirée devient assez cocasse. Nous nous retrouvons invités pour dîner dans la maison en bois qui jouxte nos yourtes, mais pas par la famille de notre guide… Bon, la situation n’est à ce jour toujours pas très claire, mais il semblerait que logeaient dans cette maison une des cuisinières de l’agence Wind of Mongolia, son fils, son oncle et ses 3 filles. Un joyeux bazar, on vous dit. Tous fiers de nous, on arrive avec paquets de bonbons pour les enfants et vodka pour les plus grands, comme il est d’usage, et nous voilà pris à notre propre piège… La bouteille de vodka est aussitôt ouverte pour arroser les spaghettis bolognaise locaux (soit au mouton) et disparaît aussi bien dans nos verres que dans ceux de nos hôtes en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Les choses ne s’arrêtent pas là, la brave famille mongole ne souhaitant pas être en reste (et célébrant probablement ses propres vacances) nous ouvre maintenant une bouteille de cognac russe! Le tout autour d’une conversation anglo-franco-russo-mongole, où l’on apprend que l’oncle est un médecin ayant appris sa discipline dans des bouquins russes et ayant servi au Soudan. Comme quoi, on arrive à en dire des choses avec 3 mots dans chaque langue! Enfin, une bonne soirée bien arrosée pour démarrer le séjour de nos deux compatriotes, histoire de se remettre du décalage horaire et des 16 heures de bus de façon optimale.

Pas de chance, le lendemain, la pluie  s’est transformée en déluge… Notre guide (que nous nommerons Bernardo par la suite, n’ayant jamais réussi à prononcer son nom mongol correctement) montre une certaine mine dépitée et propose un plan de secours: remplacer les 3 jours en itinérant initiaux avec cheval de bât par 2 jours (en espérant que la pluie se calmera) et faire simplement une petite boucle cet après-midi. On est pas si mal autour du poêle à jouer aux cartes, la solution nous semble donc correcte.

Dehors, c’est un peu la version mongole de la pataugeoire géante, les voitures s’embourbent dans des tranchées boueuses (ça fait beaucoup rire Bernardo), ça pousse, ça tire, ça crie et tout ça, toujours sous la pluie. Les conditions se calment enfin à mi-chemin de notre boucle, où nous découvrons le lac sous un ciel de plomb, mais sans gouttes.

La fine équipe avec en guest star « Bernardo » (Yaagana en réalité)

Surprise, nous voici au St-Tropez mongol! Il semblerait que toute la population du pays se soit donnée rendez-vous le long de la rive, dans des yourtes qui n’ont plus grand chose de traditionnel ou sous des tentes qui prennent l’eau. Le Khovsgol en pleines vacances nationales, c’est un peu la côte d’Azur sans les feux d’artifice et le soleil quoi, mais avec la boue et la pluie. On longe la rive en se disant qu’on est pas mal au fond du village, vu le bazar qui règne ici et l’ambiance « spéciale ». De vieilles ruines parsèment en effet le rivage,

ainsi que des bateaux soviétiques qui ont connu de meilleurs jours.

Presque St-Trop’, mais pas tout a fait quand même… La pluie décidant de revenir dans la soirée, on se console en apprenant à Bernardo qui nous observait avec curiosité le fameux jeu de carte internationalement connu, le « président-trou du cul », auquel il fait preuve d’une grande efficacité. Il semblerait qu’il n’en soit pas à son coup d’essai niveau cartes, la faute aux longues soirées d’hiver ici sans doute.

Pleins d’enthousiasme après cette soirée riche en projets divers (l’imagination débordante du tsar Nicolas III atteignant des sommets quand mixée à celle de ces comparses), nos sacs sont fin prêts pour partir le lendemain, tant pis pour la pluie! Malheureusement, c’était sans compter sur les événements aléatoires de l’organisation mongole, les chevaux censés nous accompagner en randonnée ayant tout bonnement décidé de se faire la malle. « L’orage, ras la casquette, on retourne dans nos steppes ». Bref, nous voilà à pied, avec une compréhension très vague de la situation et toujours sous l’eau. On prend alors la décision (qui s’avérera très peu judicieuse) de rentrer à Ulaanbaatar dès ce soir après avoir eu Joël au téléphone. Quelle idée avons nous eu là… Notre chauffeur nous dépose dans un bus quasi vide, sans billets, duquel le chauffeur, cette fois-ci du bus, nous fera descendre 2 heures plus tard, ayant décidé que le bus n’était finalement pas assez plein pour partir…  Nous voici donc largués sur le parking de la gare routière de la toujours « agréable » cité de Moron (si tu finis vivre ici, c’est que tu as mal agi), entourés de mongols Naadam-alcoolisés qui tentent de nous mettre dans des transports douteux à des prix qui le sont encore plus. Après moult recherches, on finit par négocier une voiture pas trop chère pour retourner à Khatgal, laissant tomber l’idée de retourner sur UB pour ce soir. Notre guide n’y comprend rien en nous voyant revenir, et se marre bien quand il finit par saisir l’histoire! Comment passer pour des « couillons » d’occidentaux quoi… Le ciel étant dégagé, on décide de partir pour une journée entière de grosse randonnée le lendemain, quitte à être revenus, et sans camping ni chevaux afin de ne pas retomber dans le même piège. En tout cas, les enfants de la famille sont ravis de nous voir revenir et font une java pas possible, pendant que nous sommes conviés sous la yourte de nos hôtes pour assister à la préparation du Khokhog, mélange de mouton et de légumes cuit aux pierres chaudes dans un chaudron. Un vrai festin, accompagné par quelques parties de cartes franco-mongoles au coin du poêle qui brûle comme un diable sous la yourte!

La chance nous sourit enfin le lendemain, le soleil est là, sur fond de beau ciel bleu! Ça tombe bien, on a 42 km à marcher (initialement prévu en 2 jours), ça sera mieux que sous la pluie. Notre guide part à un rythme de tous les diables à travers les collines, il semble que nous ayons été ambitieux sur l’étape du jour…

Le trajet de la première partie se déroule côté terre, entre épaisses forêts de résineux où l’on croise les troupeaux de yaks et grandes vallées le long de rivières asséchées.

Ce joli chemin bucolique rejoint malheureusement sur les derniers kilomètres une affreuse route poussiéreuse et bruyante qui mène à notre étape de mi-journée, un camp d’une ethnie locale vivant sous tipis avec des rennes, les Tsaatans.

Bon, c’est devenu un vrai attrape-touriste, les mongols en voiture s’arrêtent la pour se prendre en photos avec les rennes (moyennant finance bien sur), les tipis servent à vendre des souvenirs, aucun intérêt!!! On fera notre pause déjeuner un peu à l’écart, découvrant le pique-nique de luxe que Bernardo s’est porté jusque ici sans broncher malgré un bon dénivelé positif. Et puis, c’est reparti, on a encore un bout de chemin à faire! On rejoint les hauteurs du lac par des chemins de traverse en forêt et sur les collines, nous offrant des vues superbes sur celui ci.

En rejoignant la berge, surprise, quelle clarté de l’eau!

Du turquoise au bleu profond, si ce n’était la température, on se jetterait dedans. C’est un coup à malheureusement en ressortir aussi bleu que le lac… Le chemin longe ensuite la berge du lac sur plusieurs kilomètres dans une forêt magnifique, toutes ces vues superbes compensant notre déveine des premiers jours. Hélas, des ampoules ralentissent la démarche de notre bon tsar Nicolas, qui traîne la patte sur la fin de la journée, de même que Bernardo qui semble lui même fatigué de son propre rythme effréné. Ou alors est il pressé de rentrer jouer aux cartes? Il a en tout cas une technique imparable pour ne plus trop se charger: muni de sa petite tasse, il boit à chaque cours d’eau, à quoi bon la porter? Eau du lac qui sera testée et approuvée par Matthieu, qui préférera quand même mettre quelques pastilles assainissantes dedans, sait-on jamais. On est bien claqués en rentrant, mais ça en valait la peine.

Testée et approuvée

On ne trouvera pas la fameuse « yourte-disco » de Khatgal qui nous a bien esquinté les oreilles les 2 nuits précédentes, il semblerait que les vacances mongoles soient finies, pas un bruit ne troublera notre sommeil cette nuit… Nous sommes donc en pleine forme et (pas du tout) rouillés pour repartir vers Ulaanbaatar le lendemain, pour de vrai cette fois. A nous le bus de 16 heures qui te débarque à 5 heures du matin dans l’accueillant terrain vague qui sert de gare routière à UB! Chouette arrivée complétée par le squattage des bancs devant notre guesthouse le temps qu’elle ouvre (ou qu’on pense à frapper) et nous voilà enfin de retour…

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Le Yosemite mongol

Le programme des deux prochains jours étant réservé à l’escalade, c’est donc un « guide » qui vient nous chercher à la guesthouse. A première vue, ce n’est pas vraiment un grimpeur, vu le ventre proéminent et les mains peu habituées au rocher, mais on verra bien. Une fois que l’équipe TV de Robert nous a rejoint, nous nous mettons en route pour Terelj, un parc national à 80 km d’Oulan-Bator. Avant d’arriver sur le site de grimpe, petit détour par la statue de Chinggis Khan, au beau milieu de… rien. On se demande pourquoi ils ont construit ça ici, d’autant plus que c’est tout récent (7 ans) et dans un style on ne peut plus kitsch. Mais ça a du succès au vu du nombre de bus de touristes stationnés devant, même si l’intérêt frôle le nul pour nous, à part Robert qui souhaite prendre quelques plans.

Direction ensuite le site de grimpe à proprement parlé. Le coin est grandiose, des collines parsemées de rocher sculpté, mais à y regarder de près, le caillou, de type granitique est très abrasif et très friable, dommage.

Le rocher de la tortue, le site phare du parc

Delphine, qui était venue il y a 8 ans de cela, ne reconnait plus l’endroit tant il est devenu touristique, puisque les camps de yourtes pour touristes se succèdent les uns après les autres derrière des clôtures privées…

Il y a même des golfs et des hôtels 5 étoiles! La notion de « parc naturel » est vraiment à géométrie variable entre les pays. On peut constituer deux groupes : le premier a pour but de conserver le patrimoine naturel, le second est une zone pour touristes dont le but est clairement lucratif…

Mais bon, on est ici pour grimper. Cependant, les choses se gâtent. Degee, notre guide, n’est pas venu depuis 2 ans, et entre les tours en voitures et les tentatives pour localiser les voies à pied, on mettra bien 4-5 heures avant de grimper! Finalement, le mur était situé sur un emplacement qui a été privatisé entre temps.

De plus, les voies ne sont grimpables qu’en moulinette, il n’y a pas assez de points pour être en tête. Joël n’a pas équipé les voies pour éviter que les mongols s’y lancent sans matériel, et éviter tout problème de responsabilité. D’après ce qu’on a pu voir dans l’Arkhangaï, ils en sont bien capables… Du coup il faut faire le tour et équiper les voies par le haut, ce que Degee se charge de faire de façon ultra sécuritaire, à tel point que les cordes frottent très fort. Finalement, lui-même ne grimpera pas, puisqu’en fait il n’a pas grimpé depuis 2 ans, au grand désespoir de Robert qui souhaitait le filmer. Qu’à cela ne tienne c’est donc nous qui le seront. Il y a peu de voies, 3 ou 4, sur du caillou plus solide et en deux parties : le bas très facile pour débutant complet, et le haut qui suit des fissures un temps puis des murs lisses, bref qui ont l’air non réalisés.

J’en ferai une et m’acharnerai dans une autre ou tout se joue sur 2 mètres finaux extrêmement techniques et difficiles. Nous avons passé la nuit sous tente, ce qui détonne avec les yourtes sur dalles de béton tout autour, mais l’ambiance dans le groupe est très sympathique. Le lendemain, la joyeuse troupe se lance dans une petite marche en attendant que les voies passent à l’ombre, puisqu’il fait une chaleur torride.

Le but est de voir les alentours, tourner des images, et trouver du rocher grimpable pour moi-même, car les voies sur lesquelles nous sommes sont les seules du coin!

Les paysages sont encore plus beaux vus d’en haut et le coin a beaucoup de potentiel niveau grimpe, malgré un caillou de qualité très inégale.

On grimpera encore 2 ou 3 heures, suivies d’interview par Robert, expérience très amusante, avant de plier bagages et de rentrer à UB dans les bouchons précédant le Naadam.

Grimper en moulinette c’est vraiment moche

Dans une steppe de Mongolie

Le lendemain, nouveau Naadam, mais cette fois-ci « à la campagne », on s’y rend à cheval. Delphine a réussi au terme d’une âpre négociation à ne pas être tenue et le temps est de la partie cette fois. De plus, Putché a deux chevaux qui courent aujourd’hui, montés par son neveu pas bien vieux… La journée risque donc d’être plus animée, ce qui n’est pas pour nous déplaire. On traverse de grandes étendues, changeons de vallées, on se demande où ça peut bien être puisqu’aucun village ou attroupement de yourtes n’est visible.

Et lorsqu’on demande à quelle heure commence la course, la réponse donnée est 10h… alors qu’il est déjà 11h30. Bref, pas stressés les mongols! En arrivant, c’est la surprise, on est au milieu de rien, c’est à se demander comment tout le monde s’est donné rendez-vous!

Même au milieu de rien, il y a un parking

Même programme qu’hier, mais aujourd’hui, on aura le droit de suivre la course en 4×4, c’est pas si mal d’avoir une équipe TV sous le coude!

C’est l’occasion de voir depuis la voiture comment est lancée la course: les chevaux vont tous ensemble dans une direction approximative, poussés par une voiture de police, puis font demi-tour de façon totalement anarchique lors d’un mystérieux signal, et c’est parti, dans le désordre le plus total. C’est à ce moment-là également qu’ont lieu pas mal de chutes, mais les enfants, malgré les plaies sur leurs visages restent impassibles quelque soit leur âge, c’est assez incroyable. C’est la même chose pour les adultes, même s’ils gagnent, ils conservent un visage fermé, comme Putché et son neveu, repartant pourtant avec une médaille pour leur 5ème place. Tout un rituel s’organise à la remise des prix autour des vainqueurs: on chante leurs noms, puis un bol d’airag passe de main en main entre l’entraineur, le cavalier, le reste étant finalement versé sur la tête et la croupe du cheval dans un genre de bénédiction. On assiste également à quelques disputes, carrément avec la police! Les mongols semblent être un peu belliqueux…

Mais de notre coté, on est plus détendus

Les jours suivants, nous partons pour un « trek » à cheval, accompagné d’un ami de Putché qui s’occupe du cheval de bât. Quelle logistique est déployée juste pour nous: 4 chevaux et 3 cavaliers en plus, rien que ça!

La fine équipe

Ce que nous voyons nous enchante, des vallées fleuries superbes, entourées de collines boisées, parsemées de falaises de granite.

La télé partie, nos hôtes se sont largement détendus, les sourires n’ont cessé d’envahir leurs visages (moins celui de Séb après quelques kilomètres de trot sur son poney), comme quoi la caméra, ça les crispait un peu.

Le spot de camping

Ça a été l’occasion d’une soirée très animée en jeu divers, on a même mis les mongols à la grimpe.

Le « secret spot » de bibi, secret parce que personne ne pourra le trouver!

Mais on a également pu confirmer que ceux-ci n’aiment pas marcher, même pour 20 mètres, ils prennent leur cheval! D’ailleurs, grosse surprise lorsque Putché après avoir réussi à gravir un pan de falaise redescend et prend son cheval pour refaire le même chemin, on n’aurait jamais pensé que ça passait à cheval. Peur de rien ces mongols, on vous dit! On est en tout cas nourris comme des rois même en itinérant, cuisine au feu de bois et thé à volonté, quel plaisir que de vivre ainsi au grand air…

Après une nuit bien frisquette sous la tente (on ne va pas se plaindre, notre hôte dormait à la belle), nous passerons le lendemain par un point de vue magnifique sur les alentours, tout en prenant bien soin de tourner religieusement 3 fois autour des övo (tas de pierres parsemé d’écharpes colorées sacrées) situés stratégiquement aux points les plus hauts.

Pendant ce temps, on prend des photos

Putché ayant finalement conclu que Delphine était capable de tenir sur son cheval mi-sauvage, on aura le droit à de belles et longues galopades toute la journée, conclue par une mini-course dans la steppe en fin de journée, histoire de confirmer que leurs chevaux ont beau avoir la taille poney, quand on lâche la bride, ils ne font pas semblant d’avancer!

Le petit garçon de Putché, avec ces longs cheveux nattés (ici on ne les coupe qu’à 3 ans pour la première fois), accueille avec une grande joie le retour de son père, ainsi que le notre, ne nous lâchant plus de la soirée au volant de sa voiture à roulettes infernale… Jusqu’au départ de son père sur sa moto chinoise, qui sera le seul moment où on le verra pleurer, dans un magnifique caprice qui fait bien rire la famille, Putché finissant par l’emmener avec lui pour une ballade dans la steppe.

Un petit enfant tout propre

On quitte notre famille nomade à regret, ravis de l’accueil qu’on y a reçu. Le retour à UB sera heureusement plus confortable, on profitera d’une voiture 4*4 venue déposer des touristes pour rentrer, l’occasion de s’arrêter sur le chemin à Erdene Zuu, le plus grand temple de Mongolie.

Notre chauffeur et Tsélé profiteront eux d’un autre arrêt pour faire le plein d’airag, nous déclinerons gentiment pour notre part leur proposition d’en ramener avec nous…

Naadam party

Lever matinal aujourd’hui, Tsélé, notre « assistante voyage junior » venant nous chercher à la guesthouse pour se rendre à Tsetserleg dans l’Arkhanghai, première étape de notre périple mongol. On se rend en taxi à la gare de bus de l’ouest, sorte de terrain à mi-chemin entre le parking et le terrain vague où l’on prend un minibus. Première info: le trajet va indéniablement se retrouver dans le top 3 des trajets les plus inconfortables de tout notre voyage, on est presque au niveau du minibus indonésien! En gros, on met (entasse) 20 personnes dans un minibus prévu pour 11, dont la suspension a rendu l’âme depuis longtemps, sur une route tellement bien goudronnée qu’on passera notre temps sur le bas côté à éviter les nids de poules (ou plutôt cratères) et autres dos d’ânes, quand ce n’est pas carrément pour slalomer sur une piste en parallèle (car en meilleur état que la route). On rajoute à tout ça un chauffeur qui devait avoir un rendez vous important vu sa vitesse disproportionnée par rapport à l’état de la route et peut-être même sous l’emprise de quelques produits vu les coups de volants. Dans tous les cas, il ne semblait pas avoir conscience qu’il avait des passagers. Quelle différence avec un minibus indonésien ou bolivien me direz vous? Ce trajet-là a duré 7h… C’est (un peu) long. Au moins, le paysage est splendide, bien qu’assez monotone en fin de compte.
C’est bien content d’arriver que l’on descend à Tsetserleg, sur le même genre de parking où nous attend notre hôte et notre chauffeur dans un 4×4 russe qui semble avoir vécu de nombreux hivers. Mais la bête, à défaut d’être confortable (là on se demande carrément s’il y a eu un jour des suspensions) passe partout, ce qui est fort appréciable vu le nombre de kilomètres que l’on fait à traverser d’immenses steppes, forêts et nombreux gués.

La ville que l’on quitte est elle-même une succession de palissades et de bâtiments loin d’être intéressants du point de vue architectural, mais le cadre est grandiose : au pied de montagnes granitiques d’un côté et de plateaux plats immenses entourés de collines de l’autre.

Notre point de chute est tout aussi grandiose, chez une famille de nomades avec deux yourtes au milieu d’une énorme steppe herbeuse totalement plate, parsemée de troupeaux, sur fond de colline arborées, il y a pire comme cadre! Nos hôtes sont particulièrement hospitaliers, on ne manquera pas de quoi se sustenter pendant tout notre séjour, c’est le moins qu’on puisse dire. On met à profit cette fin de journée pour nous reposer du trajet hautement inconfortable. Le soir, « l’équipe TV », Robert et son fils Sacha, accompagnée de Bilga leur traductrice et de leur chauffeur nous rejoignent. Au programme de ces cinq jours : une journée de « nomadisme » que l’on passe dans le quotidien la famille, deux jours de Naadam, la fête nationale (constituée surtout de joutes sportives locales) et deux jours de randonnée à cheval.

Ici quand tu n’as pas de cheval, tu en attrapes un au lasso

Les nomades, dont Putché est le chef de famille, ont une vie assez surprenante, bien différente de notre quotidien occidental. Vivant de l’élevage, ils possèdent un important troupeau (300 têtes au total) de chevaux, yaks, chèvres et moutons en liberté dans la steppe. Ils ne font que parfois rentrer les petits (yacks, agneaux et chevreaux) dans des enclos à la nuit tombée à cause des loups qui rodent dans le coin. Le tout bien sûr à dos de cheval. Disposant de beaucoup de lait, essentiellement de yak, ils le transforment en beaucoup de produits : yaourt (type faisselle un peu aigre), fromage (mais pas affiné comme on pourrait l’espérer), beurre, crème. Mais plus surprenant, ils en font de l’alcool : de l’airag, LA boisson du Naadam, , composé de lait de jument fermenté, c’est très spécial, on aime ou on aime pas. Personnellement, ça nous rappelle la chicha équatorienne… La grand mère est également en charge de la distillation du yaourt (improbable!) pour en faire un alcool artisanal bien titré, transparent, bu chaud ou tiède, qu’elle nous offre avec de grands sourires.

Distillation à l’oeuvre

C’est beaucoup moins typé, mais ce qui est finalement surprenant c’est de boire un alcool d’origine animale, en y réfléchissant, on n’en connait aucun autre (et on s’est bien creusé les méninges!). Les femmes passent principalement leur journée à cuisiner, s’occuper des petits (surtout le rôle de la grand-mère) qui tentent de multiples expériences dans leur environnement et traire les différentes productrices du troupeau. Les hommes mènent quant à eux un rythme différent, chevauchant dans la steppe pour ramener les troupeaux entre 2 siestes et diverses autres occupations…

Putché et un autre cowboy en rose ramènent les troupeaux

Le premier jour, on fait entre deux distillations une petite ballade à cheval pour les besoins du film, assez frustrante (surtout pour Delphine), puisqu’on nous tient nos chevaux en longe! Putché a très peur qu’on ne puisse pas les contrôler, puisque qu’ils sont semi sauvages et « dressés » (c’est un grand mot) pour la course du Naadam. Mais la TV a du bon puisqu’on peut profiter du 4×4 et de son toit pour prendre quelques images des alentours de la sortie.

Le reste du temps, on s’amuse avec les enfants, la yourte de nos hôtes hébergeant tous les neveux de la famille en vacances en ce moment! La vie de nomade semble plutôt leur réussir, tous crasseux mais le sourire aux lèvres en permanence. Petite anecdote sur le bain des enfants d’ailleurs, la technique est spéciale ici: la grand mère leur crache de l’eau dessus pour les nettoyer, un autre concept de l’eau courante…

Le lendemain, on se rend à Tsetserleg pour assister au Naadam local. C’est la fête la plus importante de l’année, et il y en a partout, tout le mois de juillet

Au programme, courses de chevaux effrénées, lutte traditionnelle et tir à l’arc. Les courses tout d’abord, réparties par distance et selon l’âge décroissant des chevaux (une vingtaine de kilomètres pour les 6 ans jusqu’à 8 kilomètres pour les 2 ans), montés par des enfants de 7 (officiellement, mais plutôt 5) à 12 ans (souvent plus proche des 5 que de la dizaine).

Le parking

ça permet également de vendre quelques moutons

Extrêmement impressionnant puisque une bonne partie d’entre eux monte à cru (sans selle), parfois avec juste un simple tapis, le plus souvent avec rien, pour économiser du poids sur des chevaux lancés plein galop, à peine contrôlés. Ils vont jusqu’à monter pieds nus (la botte pèse lourd, c’est connu)!

Le gagnant de la première course

Le contraste est saisissant avec nos enfants occidentaux chouchoutés, dont certains parents complètement psychotés vont jusqu’à les équiper de puce GPS par peur. Ici, la peur, on connait pas! Quelques jeunes cavaliers partent avec un casque de chantier, de vélo…sur la tête, mais tous ou presque en sont débarrassés à l’arrivée!

Il semble que la course la plus populaire soit celle des 2 ans, au vu du monde et l’ambiance survoltée de l’arrivée. Des bébés chevaux montés par des « bébés » humains, on vous laisse imaginer le niveau d’organisation de la course… Petit rituel d’arrivée: l’entraineur racle la sueur des chevaux victorieux, censée porter bonheur dans le futur…

Raclage avec Tsetserleg en toile de fond

Quant à la lutte, plus folkorique tu meurs. Une petite vidéo viendra illustrer nos propos dès qu’on arrivera à la monter sur la tablette, d’ailleurs si quelqu’un connait une bonne application, on est preneurs.

Les arbitres

Et les lutteurs

Visiblement moins intéressant pour les Mongols, en tout cas moins populaire, le tir à l’arc. Pourtant, pour nous, c’est très impressionnant, puisque les hommes tirent avec de grands arcs traditionnels à 75 mètres, les femmes à 65, sur des cibles ridiculement petites à raz du sol.

De plus, ils ont de loin les plus belles tenues, on dirait que le Naadam est également un concours de mode, ce qui détonne vraiment dans la grisaille du jour (qui a failli tourner à l’orage!). C’est le grand choc des cultures une fois de plus: le jury se positionne à environ 50 cm de la cible pour vérifier la précision du tir, mais cela ne semble choquer que nous. Les enfants se baladent sur le terrain entre les lignes de tirs et les cibles, on est nous mêmes assis à un mètre du lieu… On peut dire qu’ils ont confiance dans les archers, mais cela occasionnera quelques pirouettes de dernière minute amusantes tout de même! Sur une initiative de Tsélé, Putché et Séb auront même l’occasion de tester par eux même la difficulté de cet art: ne serait ce que réussir à lancer la flèche est déjà complexe tellement l’arc est difficile à tendre…

Le cheval gagnant

Au pays de Gengis Khan

Il est temps de quitter la Chine, direction la Mongolie. On se dirige vers la gare centrale de Pékin, immense, surtout son parvis, pour embarquer dans un des trains les plus connus de la planète : le transmongolien, numéro K23, dont le départ est à 11h22, la ponctualité chez les chinois, c’est sacré, on ne peut pas leur retirer ça. Contrairement au K3 qui va jusqu’à Moscou, celui-là s’arrête à Oulan Bator.

On postera un article dédié aux détails pratiques pour les « aventuriers » qui veulent le faire dans le sens Pékin – Oulan Bator, car toutes les infos que l’on a trouvé sur Internet se sont révélées au mieux approximatives ou absentes, voire fausses. Les agences de voyages entretiennent une véritable psychose pour qu’on passe par elles, alors que c’est très facile de tout organiser par soi-même pour le tiers de la somme (voir beaucoup moins dans certains cas).

Arrivés à la « porte d’embarquement », oui, en Chine le train, c’est comme l’avion avec scan des bagages et fouilles corporelles, on s’aperçoit qu’on n’est pas bien nombreux, même si c’est la plus grande concentration de touristes occidentaux qu’on ait vu depuis l’entrée dans le pays (et ce n’est pas folichon!). Une fois dans notre compartiment, c’est encore mieux, on se rend vite compte que l’on n’est que trois dans tout le wagon, nous deux et un sympathique chilien! Il faut savoir que le wagon compte une bonne dizaine de compartiments avec 4 lits chacun… Alors le coup de « il faut réserver ses billets des mois à l’avance » qu’on a pu lire partout sur le web nous a bien fait rire, d’autant plus qu’on est le 29 juin, c’est à dire en pleine saison. On est également agréablement surpris par le confort du train: de l’espace, des banquettes moelleuses, une douche, des sanitaires plus que propres (ça nous changera des trains chinois), un vrai wagon restaurant et même des écrans TV individuels (que l’on n’utilisera pas). Tout pour passer un bon voyage.

Mais le meilleur, ce sont les paysages traversés qui sont grandioses. En sortant de Pékin, on peut voir, entre les tunnels, de multiples gorges, falaises, montagnes, vallées, qui ont toutes l’air inaccessibles, malheureusement toujours sous la fameuse brume d’été…

Ensuite, c’est une petite déception : le train devait (selon le guide) aller jusqu’à Datong et suivre un bout de la grande muraille de Chine. Finalement, nous avons pris un autre chemin (vérifié sur le GPS), mais on s’est consolés avec le beau paysage campagnard et désert. Il y a donc bien en Chine des endroits « vides »! En s’approchant de la frontière, la vue se mue en collines vertes totalement désertes, assez proches de ce qu’on imagine des steppes. Normal me direz-vous puisqu’il s’agit de la Mongolie intérieure…
Le passage de frontière à Erlian quant à lui sera moins sympathique, puisqu’il a pris près de 5h, en étant bloqués dans la gare. C’est ici que s’effectue le fameux changement de boogies, les chinois et les mongols n’utilisant pas le même standard pour l’écartement des rails, ces boggies (essieux pour les profanes comme nous) sont donc tous changés à la frontière. Système d’une modernité à toute épreuve, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?  N’étant pas rentrés dans le wagon à temps (enfin sans avoir eu l’information non plus…), nous avons été « invités » (c’est à dire fermement poussés en mode bétail à grand renfort de cris en chinois incompréhensibles à nos oreilles profanes) à nous rendre dans la gare tandis que les portes donnant accès au quai étaient fermées à clés. Nous qui pensions pouvoir voir cette prouesse mécanique une fois descendus, c’est raté! Non découragés, nous décidons de faire le tour par une rue de la ville et nous retrouvons dans un quartier non éclairé où des allées étroites entre des bâtiments peu entretenus semblent se diriger vers la foie ferrée. Mais l’ambiance sombre et « coupe-gorge » associée à l’aboiement de tous les chiens du quartier à notre passage nous forcent à faire demi tour bien magré nous. Nous n’avons plus qu’à attendre dans la gare d’Erlian, ville frontière entre la Chine et la Mongolie, jusqu’à 2h du matin…

La belle gare qu’on a pu admirer pendant un bon moment

Le reste du voyage sera splendide. Au réveil, on peut voir les étendues plates et désertiques de l’est du désert de Gobi caillouteux, qui se transforment peu à peu en steppes collineuses où l’on peut apercevoir yourtes et troupeaux à mesure que l’on se rapproche de la capitale Oulan-Bator.

Bref, le transmonglien, on recommande!

Un arrêt du train en Mongolie, comme on peut le voir, le ciel a changé de couleur!

Arrivés à Oulan-Bator, changement d’ambiance, une petite assistante de l’agence « Wind of Mongolia » (tenue par Joël, vieille connaissance du précédent passage de Delphine dans ce pays) nous attend sur le quai devant la porte avec notre nom dessus, accueil en français s’il vous plait! Finie la débrouille, on se fait balader temporairement. On nous conduit à notre guesthouse, juste à coté de la place centrale où trône la statue de Gengis Khan.

Pour Delphine, la balade dans la ville se révèle une surprise après le premier passage il y a 8 ans de cela. Alors qu’on y trouvait une majorité de bâtiments assez bas de l’époque soviétique, ont poussé aujourd’hui une forêt de tours modernes en verre ou encore en construction.

Le développement est arrivé jusqu’ici et les grandes marques avec lui! Mais au moins, la météo nous convient bien mieux, bien plus respirable qu’à Pékin puisqu’il fait une vingtaine de degrés et un magnifique ciel bleu. Le lendemain, l’objectif principal est de déposer nos passeports à l’ambassade de Russie pour obtenir nos visas après deux échecs en Chine. C’est donc un peu stressés que l’on s’y rend en solo, sachant que les infos lues sur le web parlaient plutot systématiquement d’agences privées qui se chargent de réaliser les visas des particuliers étrangers moyennant une forte somme. Au final, après deux visites, le matin étant réservé aux citoyens mongols, on a une réponse positive, nos visas seront disponibles le 15 pour un prix largement inférieur à ce à quoi on s’attendait, le voyage peut donc continuer! On aura juste un petit détail à régler pour le retrait des passeports, puisqu’il va falloir revenir un jour ouvrable, ce qui n’est actuellement pas le cas dans notre programme, un peu de logistique en vue!

Entre deux visites à l’amabassade, on a pu visiter le grand temple bouddhiste d’Ulaanbaatar, qui domine légèrement la ville.

Pour une fois une que l’on peut prendre un bouddha en photo!

On profite de la soirée pour voir Joël qui nous a organisé le séjour, ainsi que Robert et Sacha qui seront de la partie pour réaliser un reportage TV durant quelques jours communs. N’allez pas trop vite en besogne en croyant que nous allons devenir des stars, les sujets du film sont nos guides « multi-activités », non pas nos humbles personnes…

Pékin sous un autre jour

Après la tentative ratée de la veille, nous nous levons en espérant de meilleures conditions pour la découverte de la grande muraille aujourd’hui. Notre choix se porte sur la portion de Jinshanling, dans une tentative (désespérée) d’éviter la foule des touristes chinois que nous pensons immanquable en ce jour de week-end. On est préparés psychologiquement aux galères inévitables que va engendrer ce choix, cette portion n’étant pas décrite (et de loin) comme la plus accessible. Nous sommes donc bien surpris que toutes les informations récoltées sur internet se révèlent correctes et que tout se déroule parfaitement! Métro, bus direct pour l’aire de repos de Jinshanling puis navette gratuite pour l’entrée Est de la grande muraille, impeccable.

On part donc à l’assaut des marches qui nous mènent à la construction proprement dite, édifiée pour résister au terrible envahisseur mongol, en la personne du terrifiant Gengis Khan. Une portion de plusieurs kilomètres a été rénové ici, de façon plus ou moins poussée. Plus on avancera vers l’entrée principale du site, plus le tout prendra de faux airs de Disneyland, avec ces tours de guet où pas une pierre ne dépasse et son mur impeccablement reconstruit. Ici, la voie de cheminement a été refaite de façon à être praticable, mais reste assez fidèle au style d’origine, se dégradant de plus en plus jusqu’à reprendre un véritable aspect de ruine en se dirigeant vers Simataï, portion actuellement en cours de restauration.

Quelle vue de là-haut! Quel projet de folie et de mégalomanie (une fois de plus) fut conduit ici! La muraille suit une ligne de crête qui semble avoir été choisie aléatoirement parmi les dizaines qui se découpent à l’horizon, et n’en décolle pas. La météo étant plutôt clémente, la visibilité n’est pas mauvaise sur les kilomètres de mur qui se déploient sous une légère brume où l’air reste tout de même cent fois plus respirable qu’à Pékin. Et quelle surprise, franchement agréable, de s’apercevoir que si nous sommes en tout et pour tout une dizaine au départ de notre ballade, c’est déjà un grand mot! Il faut croire que les touristes chinois ont effectivement choisi la solution de la facilité en allant envahir des portions de muraille plus accessibles comme Badaling ou Mutyaniu.

On commence par se balader du coté non restauré vers Simataï (l’idée de randonnée initiale joignant les deux sites ayant été abandonnée faute de portions de muraille fermées et gardées par les militaires…). Ce côté peut être franchement détérioré et il faut faire attention où l’on met les pieds! Les tours de guet ne sont accessibles qu’en grimpouillant, mais quel panorama s’offre à nous… Et en y regardant de plus près, on se rend compte d’une particularité de cette zone du mur: les pierres sont quasiment toutes gravées d’inscriptions anciennes plus ou moins lisibles.

Et la construction elle-même de la muraille est originale, les pierres ne suivant pas le schéma « classique » d’empilement sur un sol nivelé, mais au contraire suivant l’inclinaison naturelle des pentes du mur. Certaines portions de la muraille que nous parcourons sont extrêmement pentues, mieux vaut faire attention où l’on met les pieds!

Reprenant le chemin vers l’entrée principale du site, nous suivons ce grand dragon de pierre qui serpente sur la crête, régulièrement interrompu par les tours de guet où l’on cherche systématiquement à nous refourguer une bière fraiche… Il faut dire qu’il fait chaud et que le commerce a l’air de bien fonctionner!

Plus on s’approche de l’arrivée, plus la restauration prend un aspect « clinquant », oubliant de respecter cet étrange alignement des pierres avec le sol et reconstruisant un mur « classique », bien blanc et propret.

On reprendra le bus après une pause déjeuner pour le même parcours sens inverse, un peu plus chaotique car les horaires annoncées ne sont pas franchement respectées, mais nous arriverons sans encombre à bon port. Les pluies torrentielles qui accompagnent l’orage se déclarant le soir nous confinent dans l’hôtel, mais on est de toute façon bien rincés et pas contre un peu de repos!

Envie de découvrir une autre facette de Pékin le lendemain, car saturés de « vieilles pierres »… On se dirige donc vers le village des jeux olympique de 2008 (déjà…) afin de voir de l’architecture plus contemporaine. Le choc en sortant du métro: la visibilité est déplorable, une brume épaisse entoure les bâtiments dans une chaleur étouffante, on distingue à peine l’énorme colonne soutenant les anneaux olympiques.

On arrive tout de même à discerner les deux monuments emblématiques de ces jeux chinois: le stade ou « nid d’hirondelle », d’une conception assez remarquable et le bâtiment des piscines ou « aquacube » qui se révèle assez décevant dans la brume par rapport aux photos qu’on en avait vu lorsqu’il est éclairé de nuit…

En parcourant l’allée monumentale de plus d’un kilomètre le long de laquelle sont répartis les édifices, on ne peut qu’être épatés par l’aspect gigantesque de tout le complexe.

Dans le passé comme dans le présent, le chinois a la folie des grandeurs… Mais à quel prix, on imagine bien qu’en pleine ville,  cet espace n’était pas vide avant que toutes ces constructions y poussent, que sont devenus les habitants?

Les nouveaux habitants

On quitte ce lieu pour retrouver un quartier plus ancien, non loin de la place Tian’anmen, en vue de peut-être quelques achats de souvenirs. Parsemée d’échoppes de calligraphie, d’estampes, de thé, on s’attendait à être pris dans la foule, mais le lieu semble en fait déserté le dimanche, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

On flâne donc au milieu des pinceaux, des calligraphies curieusement (pour nous) érigées au rang d’art dans ce pays et se vendant de petites fortunes, des boites de thé oolong aux tarifs totalement prohibitifs pour certains et on rentrera donc les mains vides, mais après une agréable promenade. Et pour fêter notre dernier jour en Chine, on s’offre même le luxe d’un canard laqué à la mode pékinoise (entier, oui, oui) le soir même.

Il n’y a pas à dire, le canard, c’est gras, surtout quand le mode de découpe privilégie la peau et la graisse à la viande au service… On comprend mieux l’embonpoint bien plus visible dans la capitale qu’en province, au vu de la nourriture régionale très roborative.

La capitale (rouge) des vieilles pierres

Et voilà, nous y sommes, notre étape finale de la Chine… Après un train de nuit relativement « civilisé » (pas de musique à fond, pas de crachats, youhou), on galère un peu pour rejoindre notre hostel (comme d’hab’), mais on finit par le trouver, planqué au fond d’un hutong, ruelle traditionnelle de la capitale. Pékin, il fait chaud, il fait lourd , ça empeste la pollution, et surtout, il fait brumeux: visibilité proche du néant… Pas très engageant! C’est la première fois qu’on ressent a ce point la pollution dans une ville; on aura tous les deux beaucoup de mal a respirer, la sensation d’avoir une pierre sur la poitrine pendant quelques jours (et pourtant, on pensait être entraînés après les années parisiennes!). On commence par s’occuper des essentiels: visa russe (échec, encore 15 jours d’attente), billets transmongolien pour Ulaan-Baatar (réussite, contact en anglais , et moins cher que prévu, nickel!). Une fois ces tâches acquittés, nous partons découvrir le temple du ciel, plus un immense parc (plus de 200 hectares tout de même!) qu’un centre religieux pur et dur. La zone arborée est agréable, parsemée de grandes allées tranquilles qui changent après la frénésie de la ville environnante. Nombre de personnes âgées y jouent aux cartes, au Mah-jong ou simplement discutent sous la grande galerie qui mène au temple principal.

Une constante chinoise, le jeu et la danse, incontournable! On monte au temple principal, l’autel du ciel, en forme de rotonde perchée en haut de son escalier de marbre.

Coloré, harmonieux, il serait parfait si 300000 chinois (à +/- 1% d’erreur dans le décompte) ne se grimpaient pas dessus pour tenter d’observer l’intérieur et les rangées de colonnes en bois rouge qui en jettent. Il en sera ainsi pour quasiment toutes les entrées des petits temples annexes également… Peut être veulent ils tous vérifier que l’obsession de l’utilisation du chiffre 9 (sacré en Chine) a bien été respectée dans les plans de construction?

De cette rotonde, une immense allée surélevée par rapport au parc mène à un autre ensemble de temples. On y choisit son allée de passage parmi les 3 disponibles: celle centrale de l’empereur, ou les latérales des nobles ou des concubines. Il faisait en effet partie des tâches de l’empereur (sous la dynastie Ming) de réaliser une fois par an un parcours bien spécifique dans ces temples afin d’assurer à son peuple de bonnes moissons pour l’année à venir, tout un rituel.

L’autre temple, nommé « Voûte céleste impériale », est entouré d’un épais mur d’enceinte possédant des particularités acoustiques étonnantes: on pourrait y discuter avec un comparse diamétralement opposé juste en chuchotant, le son diffusant terriblement bien… Malheureusement, nous n’aurons pas l’occasion de vérifier (et oui, toujours les 300000 chinois et leur amour légendaire du silence). On regardera donc en silence le temple de la prière pour de bonnes moissons… Nous poursuivons notre promenade dans le parc, puis les jambes en compote, nous rentrons à l’hostel après avoir testé quelques spécialités pékinoises (ça tient au corps la nourriture ici, fini le riz, bonjour le blé) et traversé une bonne part de hutongs transformés en Disneyland le long d’un ensemble de lac…

Le lendemain, direction les incontournables: temples des lamas, cité interdite et place Tian’anmen. On a un peu peur de la foule… Dans le temple des lamas, ça va, cet ensemble bouddhiste étant assez grand pour disperser la foule.

Également très coloré, très riche dans ses éléments de construction et dans sa quantité de statues, c’est un des temples rescapé du communisme et de la révolution culturelle. Son passé est donc quelque peu sombre, sa survie laissant présager des liens compliqués entre les moines et le pouvoir au moment des destructions au Tibet.

On assistera d’ailleurs à une magnifique leçon de propagande dans un des temples transformé en musée dédié à l’histoire du complexe: le pouvoir a bien sûr toujours soutenu ce monument et sa religion, aucun mal n’a jamais été fait à qui que ce soit. C’est beau l’histoire…

Enfin, plus prosaïquement, les salles sont remplies de buddhas souriants, dont un immense debout, 18 mètres d’une seul tenant tout de même dans du bois de santal, il est même au guiness des records!

Cette lamasserie, aujourd’hui la plus grande en dehors du Tibet, semble encore bien active aujourd’hui, nombre de moines officiant au milieu des touristes en promenade.

On quitte le religieux pour rejoindre un « monstre » d’histoire, la place Tian’anmen. Et bien, déjà, ça ne ressemble pas franchement à une place cet endroit, enfin pas comme on peut l’imaginer, un grand espace vide encadré de bâtiments.

Une énorme avenue la traversant et les portes l’entourant ne contribuent pas à faire de ce lieu un espace clairement identifiable comme une place. Bon, et puis il y a cette atroce brume à couper au couteau… En tout cas, une chose est sûre, c’est sans doute la place la plus militarisée du monde. Impossible de ne pas croiser policier ou militaire toutes les deux minutes et c’est sans doute la seule place où l’on passe des portiques de sécurité avec scan des sacs. Le portrait de Mao trône à l’entrée de la porte de la paix céleste, qui mène à la cité interdite.

Son mausolée se trouve lui non loin de là. Que penser de ce lieu, de ce qu’il a symbolisé pour le communisme, de ce qu’il symbolise toujours aujourd’hui? Difficile d’imaginer les événements terribles qui ont eu lieu il n’y a pas si longtemps ici quand la place grouille aujourd’hui de touristes se faisant tirer le portrait sous celui du « grand timonier »… La cité interdite qui s’ouvre derrière cette porte fut ainsi nommée car le commun des mortels n’y avait pas accès.

Les Ming et les Qing qui y vivaient reclus n’étaient pas pour autant en manque d’espace, le lieu est…démesuré, mais vraiment, on n’a jamais vu quelque chose d’aussi grand. Tellement grand qu’il faut faire des photos panoramiques!

Des dragons dans les nuages, la plus grande dalle de la cité, plus de 16 mètres, qui a du être transportée sur la glace en hiver

À l’image de la folie des grandeurs de ces diverses dynasties, le lieu s’étale sur des kilomètres de palais principaux et secondaires, de résidences de l’empereur, des concubines (selon une hiérarchie très précise!), de pavillons entourés de cours arborées où les réceptions ou cérémonies officielles se tenaient.

Une allégorie du pouvoir qu’on retrouve partout : un lion avec sous sa patte un globe représentant le monde

La tortue dragon

Et même si on n’en voit pas le bout… C’est quand même blindé! Tout est tellement grand qu’on en attrape le tournis et un sacré mal aux pieds!!!

Heureusement à la fermeture, il n’y a plus personne…

Et oui, vraiment personne!

On est donc totalement HS après cette journée, pas le courage de parcourir la ville pour trouver où dîner. Fort heureusement, notre quartier de résidence très sympathique nous offre la possibilité de tester une nouvelle spécialité, hautement roborative et populaire au vu de la fréquentation du resto, une soupe de nouilles de blé sauce…cacahuète! Bon, on galère un peu sur le mode d’emploi de « comment-ça-se-mange » au début, mais en copiant nos voisins, on arrive à ne pas commettre trop d’impairs (genre verser la sauce pour la soupe qui arrive dans une théière et pas dans le vrai thé, la feinte!) Ayant grand besoin de prendre l’air le lendemain et de sortir de la pollution pékinoise, on décide de partir voir la grande muraille à Jinshanling. La pluie du soir aurait dû nous mettre la puce à l’oreille quant à la météo du lendemain: grise et pluvieuse, malgré les prévisions indiquant que cela devait s’arrêter pendant la nuit. Après quelques tergiversations, on finit par faire demi tour avant d’arriver au métro, se disant que c’est vraiment trop dommage d’y aller sous un temps pareil, même si on s’est levé à 6h… On modifie nos plans pour aller au palais d’été, le marathon de la vieille pierre continue! Excentré mais facilement accessible en métro, le domaine est encore une fois, je vous le donne en 1000, immense (comment ça, les chinois ont toujours eu un petit problème de mesure?!). La brume flottant sur son lac Kunming et ses collines lui donne un air…mystérieux, pour le moins.

Refuge des empereurs et de leur cour quand ils n’en pouvaient plus de la cité interdite, le lieu est entièrement artificiel: la plus haute colline a été construite avec les remblais extraits lors du creusement du lac.

Palais abritant aujourd’hui des musées,

une galerie de 700 mètres,

des temples,

tout y est dans un bel exemple d’extravagance. Une fausse « vraie rue », la rue Suzhou, a même été créée pour distraire l’empereur qui était assigné à résidence par sa tante la future impératrice Cixi, et remplie à l’époque de faux badauds et de faux commerçants…qui vendent aujourd’hui de tout à fait véritables souvenirs!

Bref, un monde à part, une belle et grande prison dorée pour la cour impériale.

Au centre de l’empire du milieu

Atterris à Xi’an, malgré un petit imbroglio de bus (classique), on finit par arriver à notre auberge, qui se révèle être une copie conforme de pub anglais… Et donc un repère d’australiens/américains et autres anglophones.
Xi’an est une ville pleine d’histoire, le début de la route de la soie historique, mais pourtant, au petit matin, la ville ne fait pas franchement envie, c’est la première fois que l’on est confrontés à la brume estivale chinoise, mélange de pollution et de brume de chaleur.

Xi'an

La « Drum tower », en plein coeur de la ville, dans une brume pas folichonne…

De plus la vieille ville n’est pas vraiment vieille, il y a les mêmes avenues et énormes bâtiments communistes que partout ailleurs, simplement une partie est entourée d’une enceinte de muraille très restaurée, tellement que ça n’a pas l’air vrai. De plus, la concentration humaine a sensiblement augmentée (oui, c’est possible, les ressources en chinois semblent inépuisables).

Xi'an

Vue sur la « vieille ville » depuis la petite pagode

La ville offre deux attractions aux touristes que nous sommes. La première, le quartier musulman, très populaire et extrêmement touristique, du même accabit que Lijiang ou Yangshuo… Mais ici, on se presse surtout pour manger! En effet, les rues (surtout deux touristiques) sont envahies de restaurants vendant leurs spécialités, majoritairement sous forme de snacks: des pains fourrés à la viandes (genre kebab), des brochettes de toutes sortes (aux œufs de caille!), des petites crêpes fourrées et frites, des pâtes de noix sucrées etc. Et ça donne bien envie.

Xi'an

Travail du sucre filé pour faire le nougat local 

Xi'an

Miam miam la brochette d’oeufs de caille!

Quand la nourriture chinoise se rapproche de la nourriture d’influence musulmane, ça donne des choses très très bonnes. On testera les biang-biang (le caractère chinois le plus compliqué à écrire, 27 segments!!!), des nouilles très larges déjà expérimentées à Guilin, mais assaisonnées complètement différemment ici, pourtant toujours aussi bon.

Xi'an

Le royaume du fruit sec

Les étals des petites rues où nous nous baladons sont très divers, mais une constante se retrouve: la chaine du froid n’est pas encore arrivée ici… Bonjour les foies et les tripes à l’air libre dans la rue et leur essaim d’insecte péniblement éloigné au ventilateur! Mais notre estomac tient toujours le coup, c’est bon signe!

Xi'an

La chaine du froid ultra respectée en Chine

Attention, la population musulmane de Xi’an est à ne pas confondre avec les musulmans Ouïgours du Xinjang, qui sont d’une ethnie complètement différente (beaucoup plus « chinoise »).
Au milieu de ces rues se trouve la grande mosquée, qui doit être l’édifice le plus étonnant que l’on ait eu à visiter jusqu’à présent, car elle ne ressemble pas du tout à une mosquée! On dirait plutôt un temple chinois, d’ailleurs l’entrée est très « libre », pas de problèmes pour les femmes, même pas besoin de voile pour se couvrir tête et épaules.

Xi'an

On tombe pendant une prière, les locaux sont donc en train de se rendre sous le grand hall et libèrent les allées arborées du parc où s’enchainent les différentes sections de ce qui compose la mosquée. Les calligraphies en écriture arabe ou chinoise gravées dans les pierres bordant les monuments sont magnifiques.

Xi'an

L’après-midi, nous allons faire un tour dans un parc aux arbres multi-centenaires (étiquetés rouge ou vert selon +/- de 100 ans!), contenant la petite pagode de l’oie sauvage, ainsi que le musée de Xi’an. De la pagode, la vue est… juste une ville chinoise, on ne voit même pas les remparts! Bref, aucun intérêt.

Xi'an

Le musée quant à lui est encore une fois ultra moderne et tout clinquant (à la chinoise) et se révèle assez intéressant. On y voit les différentes étapes de construction/destruction de la ville jusqu’à son aspect actuel, ainsi que de nombreuses pièces antiques trouvées lors de fouilles archéologiques dans la région, dont quelques belles trouvailles.

Xi'an

Xi'an

Le lendemain, direction la seconde attraction incontournable : l’armée enterrée de soldats de terre cuite, dits terracotta warriors. C’est encore au milieu de milliers de chinois que la visite se fait et sous des bâtiments colossaux qu’on ne peut qualifier de beaux, mais on doit avouer que c’est impressionnant… De par la qualité et la quantité des pièces retrouvées, même si on ne peut qu’être compatissant avec le peuple qui a du subir un empereur aussi mégalomane.

Xi'an

Détail d’un soldat catégorie « archer »

Xi'an

Détail d’un carosse de combat

Niveau qualité : les soldats retrouvés sont un assemblage de pièces et sont creux, sauf certaines parties comme les pieds! De plus, ils sont quasiment tous différents au niveau du visage, ça a du être un travail colossal. Selon le type d’armure, de coiffe ou encore d’épée portée, on reconnait le grade du militaire, du simple soldat au général. Moustaches, forme du visage, coiffure, forme des yeux, chacun semble avoir sa particularité, pas d’uniformisation. A noter tout de même un élément qui modifie totalement notre perception des poteries aujourd’hui: elles étaient à l’époque entièrement peintes… Il ne reste aujourd’hui que des résidus de peintures infimes sur les statues beiges, l’air et le temps ayant malheureusement fait leur travail de décomposition. Niveau quantité, voir cette armée dressée dans les fosses impressionne, il y aurait 3000 statues déterrées!

Xi'an

La première tombe, en moins bon état que les suivantes

Xi'an

La deuxième tombe, plus petite mais mieux conservée, supposée celle des militaires hauts gradés

Xi'an

La dernière tombe, la plus impressionnante…

Xi'an

Une visite qui nous a presque fait oublier le prix prohibitif de l’entrée. On arrive à rentrer à Xi’an par un vrai bus (pas sur que celui de l’aller était l’officiel vu qu’il nous a largué en plein carrefour avant d’arriver au parking classique des bus…), on s’améliore! Et vu qu’on a un peu faim après cette grosse visite, on teste encore un nouveau truc: la « peau des pâtes ». Un genre de plat de nouilles classique, mais froide, et dans laquelle les nouilles en question ont une drôle de consistance, un peu caoutchouteuse, pas mauvais.

Le lendemain était prévu d’aller sur la montagne sacrée de Huashan, à 2 heures de Xi’an. Le nom ne vous dit peut être rien, mais vous avez sûrement dû voir les images de la « randonnée la plus dangereuse du monde ». Trois raisons nous ont finalement empêché d’y aller :
1. Le tarif de 200 yuans (quasi 30€) pour monter au sommet d’une montagne au milieu de milliers de chinois (car l’endroit est très populaire), d’autant plus qu’un téléphérique a été construit (en supplément bien entendu). Sachant que le chinois n’est pas d’un caractère discret, ce n’est pas pour la tranquillité qu’on y va généralement…
2. Niveau timing, nous avions un train le soir même
3. La vraie raison : il a plu toute la journée comme vache qui pisse. Décidément la Chine ne nous sourit pas…

C’est donc vers le musée du Shaanxi que l’on passera la matinée, intéressant avec ses « bibelots » de toutes époque, mais comme d’habitude bousculés au milieu de chinois aux habitudes très désagréables (pour rester polis).

Xi'an

Xi'an

Pour retrouver notre sérénité après cette visite une fois de plus épuisante (des milliers de gamins chinois mal élevés qui hurlent, collent leurs doigts et leurs nez dégueu sur les vitres à l’image des parents, et ça, c’est l’aspect tranquille de la chose), direction une maison traditionnelle de la bouillante rue musulmane. A peine le portail passé, c’est comme si la rue, son agitation et son bruit n’existaient plus. Enfin, calme et silence s’offrent à nous le temps de cette visite qui nous montre à quoi pouvait bien ressembler Xi’an en d’autres temps.

Xi'an

Histoire de ne pas faire de transition trop brutale quand même, les chinois sont remplacés par des oiseaux imitateurs qui lancent leurs Nixao (bonjour) à tue-tête dans le jardin. La cérémonie du thé à laquelle nous avons droit à la fin nous permet de gouter ce breuvage de façon raffinée, c’est de la dégustation en réalité!

Xi'an

Thé oolong, au jasmin, thé de la concubine au litchi, nous sommes conquis et repartons le sac un peu plus chargé prendre notre train de nuit.

Xi'an

Les remparts de la ville de nuit

Notre petit Tibet à nous

Le départ est bien matinal aujourd’hui pour quitter Lijiang vers les « gorges du tigre bondissant ». Le mini-bus rempli de touristes occidentaux (mais où étaient-ils donc cachés, on n’en croise jamais dans les rues?!) est bien calme durant les deux heures de trajet, fin de nuit s’imposant. Le but de cette étape: s’aérer les neurones et les guiboles après quelques jours de villes surpeuplées de chinois surexcités. Les gorges sont réputées pour leur cadre naturel grandiose autour du fleuve Yang-tsé, se rétrécissant jusqu’à une distance de 25 mètres au moins large, lieu que le fameux tigre pris en chasse dans la légende aurait choisi pour s’échapper en sautant par dessus les flots rugissants de la rivière.
Bien poétique cette histoire, mais le début de la ballade l’est moins. Bon, déjà, comme d’habitude en Chine, c’est le bazar, zéro information compréhensible et zéro anglais parlé sont au rendez vous. Heureusement se trouvent dans le bus deux étudiantes françaises en chinois qui nous apprennent que pas besoin de se faire du souci pour nos gros sacs, le mini-bus les amène en fait à la fin du parcours! Si on avait su, on se serait moins pris la tête… Le bus repart donc, nous laissant sur le bord d’une route poussiéreuse, avec en surplomb un large chemin que nous supposons être le début de la randonnée prévue. Ré-organisation des sacs, puis départ. Cette randonnée de 2 jours longe tout du long les fameuses gorges mais en les surplombant de très haut, ce qui fait qu’hormis le tout début de cette journée, nous n’apercevons finalement que rarement le fleuve en contrebas.

Tiger leaping gorge

Ça monte, ça monte, ça grimpe même en lacets serrés à un moment, et oui il y a du dénivelé et il fait chaud. On nous propose régulièrement le long du chemin des bouteilles d’eau fraiche…ou de la marijuana, c’est au choix! Le chemin est impressionnant, la pente très raide, le fleuve coulant si loin en contrebas alors que la paroi d’en face semble bien proche. En cours de route, petits villages de cultivateurs, forêts de pins empierrées et champs de maïs se succèdent dans une jolie diversité. Étant partis bien munis en gâteaux et fruits secs, on ne s’arrête que pour grignoter et nous poursuivons notre chemin à un bon rythme. Le coté décevant d’une bonne partie du parcours, c’est que la vue est la plupart du temps bouchée et qu’il est donc difficile de profiter des perspectives que pourrait nous offrir une telle altitude… L’horizon se dégage les dernières heures, les parois des gorges s’éloignant avant de se rapprocher une ultime fois, montrant les hauts plateaux d’altitude dans le lointain.

Tiger leaping gorge

On pose nos sacs en milieu d’après midi dans une guesthouse judicieusement appelée Halfway et on profite de la vue depuis sa terrasse panoramique sur les gorges, jaugeant les nuages noirs qui s’amoncellent à un bout de la vallée et se rapprochent dangereusement de nous. La vue est canon, la bière fraîche, le dîner pas mauvais et l’ambiance sympa, que demander de plus? On a même une chambre pour nous et des toilettes « scéniques » (oui, parfaitement, ouvertes sur les gorges dans le vide!!!).

Tiger leaping gorge

On repart le lendemain reposés (et largement après tout le monde, quel bande de lève-tôt!) pour une mini étape de deux heures qui rejoint la route et la guesthouse où nos sacs sont supposés arriver.  L’étape se révèle en fait durer une heure (plus sans doute pour les chinois et coréens habillés comme pour l’ascension de l’Everest mais s’arrêtant dix minutes à chaque micro cascade pour prendre une centaine de photos, et à chaque micro montée pour reprendre leur respiration) et on se demande bien ce qu’on va faire du coup.

 Tiger leaping gorge

La suite classique est de faire un aller-retour dans le fond des gorges pour y voir l’eau bouillonner, mais franchement ça ne nous tente pas (en plus l’eau est marronnasse pas appétissante, bof bof), et prendre ensuite la navette de 15h30 pour Shangri-la, encore plus à l’ouest, proche du Tibet. Problème: il est 10h30 et on a pas envie d’attendre. Séb suggère de se poser au bord de la route et d’attendre voir si un bus passe (le réceptionniste de la guesthouse nous a lui assuré qu’il n’y avait aucun autre transport hormis sa navette, bien sûr). La stratégie se révèle payante, car au bout de 30 minutes, un bus finit par nous prendre pour Quiaotou, étape sur la route! Un coréen qui voyage seul (une rareté!) et qui parle un peu anglais (encore plus rare!) et surtout chinois est du transport, ce qui nous facilite bien les choses pour la suite du trajet vers Shangri-la, les bus qui passent étant tous complets, il nous propose de se joindre à lui pour finir de compléter un petit van qui part là bas seulement une fois complet et quasiment au même prix. Sur le papier, tout ça semblait une très bonne idée, mais le trajet se révèle un enfer: deux heures courbés à 90° car les sacs nous tombent dessus depuis l’absence de coffre, avec une absence d’amortisseurs quasi totale et une conduite à la chinoise. Dommage que les conditions ne soient pas les meilleures pour profiter du paysage, car celui-ci est superbe, de hauts plateaux herbeux avec les contreforts de montagnes à l’horizon, on change complètement de décor par rapport aux villes précédentes. Nous arrivons donc à bon port avec un bon mal de dos, mais déposés avec 5 heures d’avance sur l’horaire prévu à 100 mètres de l’hostel qu’on avait repéré, parfait! La mère et la fille qui le tiennent sont adorables et tout sourire, ça change et en bien de l’habituel accueil plutôt blasé et peu chaleureux auquel on a droit. L’endroit est mignon, joliment coloré et décoré avec des drapeaux de prières.

Shangri-la

On part faire un tour dans la vieille ville, tristement ravagée par un terrible incendie il y a un peu plus d’un an, et qui se reconstruit avec frénésie encore aujourd’hui.

Shangri-la

Toute une partie a donc perdu charme et intérêt, il faut pousser plus loin dans les rues pour retrouver les vieilles bâtisses aux toits en tuiles herbeuses, avec leurs façades en terre battue et bois sombre, ainsi que leurs motifs tibétains peints aux murs.

Shangri-la

On est bien loin de Lhassa (presque 2000km!!!), mais Shangri-la, c’est déjà la préfecture d’une région autonome du Tibet, même si l’on n’est pas encore rentré effectivement dans la province. A 3200 m, nous sommes techniquement déjà sur le plateau du Tibet. Cela se sent dans les rues « poussiéreuses », avec des allures de bout du monde, de ville étape vers un grand Ouest inconnu, où nous n’avons malheureusement pas le droit de mettre les pieds. Les conditions d’accès au Tibet sont en effet extrêmement strictes concernant les étrangers: uniquement dans le cadre d’un voyage organisé, avec un visa spécial en plus du chinois et tout ça moyennant des finances importantes. Shangri-la (ou Zhongdian de son vrai nom), renommée il y a quelques années probablement du nom d’un fameux royaume imaginaire imaginé par un écrivain venu se perdre dans ces contrées,  sera donc notre petit Tibet à nous. La population ici est très largement d’ethnie tibétaine, ça se remarque facilement, les us et coutumes ne sont pas les mêmes que chez les Han (les « vrais » chinois). Et pour tout dire, on préfère. Jusqu’à présent, le contact avec la population locale n’est pas fou, l’impossibilité de communiquer n’aidant pas, c’est sur. Mais au delà de ça, par rapport à ce que nous avons rencontré dans tout le reste du voyage, les regards que posent les chinois sur nous sont au mieux indifférents, au pire nous semblent méprisants. On a plus l’impression de les déranger plus qu’autre chose… Voir arriver un étranger qui ne va pas parler chinois (même si on est pleins de bonne volonté!), cela semble être une source d’ennuis pour eux et ils préfèrent alors éviter la confrontation en toute circonstance, nous dédaignant totalement, ce qui a le don de nous paraître encore plus impoli et désagréable! Bien sur, il y a des exceptions et nous rencontrons des chinois sympathiques comme partout ailleurs, mais l’impression générale n’est pas positive. Sans doute que quelques notions de mandarin et surtout une prononciation correcte aideraient le courant a mieux passer… Ici, en revanche, les tibétains nous regardent avec le sourire, nous saluent, font des efforts pour nous comprendre et nous aider dans nos démarches, un plaisir. On ne comprend toujours pas vraiment ce qu’on va manger quand on le commande, mais au moins, ça fait rire les restaurateurs! La ville tendait avant l’incendie à devenir à l’instar de Dali ou de Lijiang un genre de Tibet-Disneyland, mais les ravages semblent avoir mis un sérieux coup de frein au tourisme, et c’est tant mieux pour nous car ici, on a enfin l’impression de respirer et d’être sortis du tourisme de masse chinois. Les ruelles sont calmes, les occidentaux toujours peu nombreux mais plus repérables sans la masse chinoise, tout est moins bruyant et moins pollué, l’air est plus pur à cette altitude.

Shangri-la

On testera le soir une fondue tibétaine: dans un grand bol central rempli de bouillon aromatisé cuisent des morceaux de yak avec des herbes, auquel on rajoute à notre guise un assortiment de champignons et divers légumes verts que l’on mange une fois à point. Ce n’est pas une révolution culinaire, mais ce n’est pas mauvais non plus, c’est original, et ça a le mérite de ne pas être frit! Et le petit gâteau à l’orge en dessert n’est pas mal non plus. Petite remarque, car cela nous arrivera à quasiment chaque repas ici: le serveur étant généralement plein de bonne volonté mais pas franchement anglophone, il fait un appel à la cantonade dans le restaurant pour recruter une personne parlant l’anglais et lui donne le calepin de commandes pour retranscrire tout ça en sinogrammes! C’est assez amusant, surtout que la personne qui s’est dévouée n’est pas forcément très versée dans la langue de Shakespeare non plus, ce qui nous donne des commandes un peu aléatoires.

On part le lendemain visiter le monastère de Songzanlin, un peu excentré du centre ville, ce qui nous permet de traverser les quartiers récents, des bâtiments neufs sans grand intérêt qui contrastent avec les vieillards que l’on voit vaquer à leurs occupations sur les trottoirs et les femmes en costumes qui rentrent avec leurs paniers plein de victuailles sur le dos dans le même bus de ville bondé que nous. L’ensemble religieux est plus de la taille d’un village que d’un simple temple, 600 moines vivant en permanence ici. Ce monastère est un peu un miraculé, il avait été très endommagé pendant la révolution culturelle chinoise et a été reconstruit par la population locale dans sa totalité sous la forme telle qu’on peut le visiter aujourd’hui. La vue depuis la colline où il est construit est magnifique, on distingue au loin les hauts sommets enneigés, chanceux que nous sommes aujourd’hui d’avoir un grand ciel bleu au dessus de nos têtes (ce n’était pas arrivé depuis quelques semaines maintenant!).

Shangri-la

L’entrée est hors de prix (c’est normal en Chine…), mais la visite vaut la peine. Au dessus des maisons traditionnelles, on accède après une bonne grimpette le long de petits temples parallèles à l’ensemble composé des 3 temples principaux, superbement décorés. Tout est très coloré, des fresques immenses peintes directement aux murs racontent la vie du dharma protecteur, de nombreuses poutres et colonnes rouges soutiennent les édifices qui abritent d’immenses bouddhas dorés et de minuscules reproductions de bouddhas dans des vitrines le long des murs. Dans les cours flottent les drapeaux de prière multicolores, qui contrastent avec les façades blanches des bâtisses et les tissus noirs qui cachent leurs entrées.

Shangri-la

Malheureusement aucune photo n’est autorisée à l’intérieur… Petite description de l’ambiance: on tourne dans le sens des aiguilles d’une montre une fois rentrés, des locaux viennent prier devant les différentes statues qu’ils vénèrent à grand renfort d’encens, les mères gardant leurs bébés attachés dans le dos pendant leurs génuflexions et les moines vaquent à leurs occupations, dans leurs toges jaunes orangés. La secte à laquelle appartient le monastère est celle des bonnets jaunes, on est très surpris d’y voir vénérer des photos du Dalaï-Lama, celui-ci étant officiellement persona non grata en Chine… On a l’occasion de les voir dessiner des motifs très élaborés en sable multicolore sur le sol à l’aide de petites canules qu’ils raclent pour faire tomber les différents sables de couleur le plus finement et lentement possible, créant des motifs d’une complexité incroyable…et tellement éphémères! Ils sont bien 7 ou 8 à faire crisser leurs petites baguettes métalliques agenouillés, en pleine concentration au pied d’un bouddha. Du dernier temple, le plus haut perché, la vue sur les toits et la région est superbe.

Shangri-la

On redescend ensuite rejoindre la route par un autre chemin qui passe le long d’un lac offrant de belles perspectives sur l’ensemble du monastère tibétain. Une belle ballade et une belle découverte, on ne regrette pas d’être venus, on s’y serait crus! Après un déjeuner à base de nouilles au yak dans le même restaurant que la veille (on a apprécié le menu en anglais et la sympathie du serveur!), on va voir le temple de Da Gui Shang au centre de la ville et rempli de touristes chinois, qui trône sur une colline à coté d’un immense moulin à prières doré (selon certains le plus grand du monde).

Shangri-la

Shangri-la

Le moulin tourne à la force des bras et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est lourd. C’est un effort collectif qui est nécessaire pour aboutir à sa rotation! On rentre se poser un peu à notre hostel avant un long trajet en bus de nuit pour retourner à Kunming, plateforme incontournable pour rejoindre nos prochaines étapes, Shangri-la étant bien trop éloignée de tout. C’est avec regret que nous quitterons cette ville, sa population souriante, son ambiance aussi bien dans la partie ancienne que dans la partie récente et son environnement montagnard. Il n’y a pas à dire, on en revient toujours au même, dès qu’il y a un peu d’altitude et de beaux sommets à l’horizon, on se sent chez nous…

Shangri-la

De retour à Kunming sous la pluie battante (on l’avait presque oubliée), on se dirige en priorité vers la gare pour acheter des billets de train, afin de repartir le soir même, n’ayant pas pu les acheter à Shangri-la. Et là c’est l’échec, plus de place pour le jour même en couchette, uniquement en sièges durs. Sachant que le trajet doit durer environ 35 heures, on est pas emballés par l’idée du folklore de la plus basse classe des trains et en prendre un le lendemain nous ferait arriver dans 3 jours… Repli stratégique sur le café d’une auberge dans le centre, on bataille des heures durant sur internet pour finalement réussir à acheter des billets d’avion pour le lendemain à un tarif convenable. On est donc bloqués à Kunming pendant deux jours. Vue la météo, on reste à l’hostel toute le reste de la journée et on ne sort que le soir en direction du centre-ville ultra moderne, composé de rues piétonnes bordées de boutiques et toutes éclairées par des écrans et néons géants le tout sous d’immenses immeubles.

Kunming

On se croirait presque à Time Square. Pour le dîner, on se replie vers le food court rempli de petites échoppes, dont certaines uniquement d’insectes…

Kunming

Heureusement le lendemain, le soleil est de retour, et l’on en profite pour aller visiter le temple bouddhiste de Yuantong et ses bâtiments splendides, avant de déguster la spécialité du coin : « les nouilles qui traversent le pont ». On vous apporte un bouillon encore bouillonnant, et l’on verse soi-même les ingrédients afin qu’ils cuisent. Délicieux et très revigorant avant de se rendre au marché aux fleurs… pleins d’oiseaux et vers les deux pagodes de la ville, ce qui s’avérera être une très longue marche sous le soleil qui tape fort!

Kunming